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[visuel-news]
18-06-2026
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La chronique de Gérard-Georges Lemaire |
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| Chronique d'un bibliomane mélancolique |
 Arte moderna italiana, Giovanni Lista, Mudima, 264 p., 40 euro.
L'art moderne en Italie a été extrêmement riche. Il a été souvent sous-estimé. Et malgré le fait que les vingt années de l'ère fasciste ne l'ont pas déconsidéré, il est demeuré, à l'exception de quelques figures célèbres, comme Giorgio de Chirico ou Mario Merz plus tard. Tout le contraire de l'Allemagne nazie qui a qualifié de « dégénéré » l'art qui ne répondait pas à des règles néoclassique et idéologiques exaltant les valeurs du régime dictatorial imposé par Adolf Hitler qui a banni non seulement les œuvres qui ont révolutionné la peinture et la sculpture ou qui étaient les créations d'artistes juifs.
Mussolini, lors d'une présentation par sa maîtresse Sarfati d'une exposition du groupe Novecento avait souligné dans son discours la quasi absence de compositions en faveur de sa vision du monde et surtout qu'il n'entendait pas faire pression pour peintres qui ont adhéré au fascisme que naisse un art qui ne soit pas libre d'agir comme bon leur semble. Les artistes qui ont adhéré au fascisme et ont pris leur carte de membres sont peu nombreux (Mario Sironi, Ottone Rosai, Enrico Prampolini, entre autres). Ce qui est peut-être la caractéristique la plus singulière de l'art italien à la fin du XIXe siècle est qu'il n'a pas été séduit par l'impressionnisme malgré la présence à Paris et l'amitié avec Edgar Degas de Diego Martelli, de Federico Zandomeneghi et de Giuseppe de Nittis, mais qu'il a surtout abondé dans le sens du naturalisme.
Par ailleurs, il a été attiré par le symbolisme comme le prouve l'œuvre peinte de Gaetano Previati ou l'œuvre sculptée d'Adolfo Wildt, pour ne citer que ces deux grands créateurs. Il faut attendre l'époque de l'éclosion du cubisme pour que les Italiens se mettent à l'heure de la modernité qui se faisait jour à Paris. Gino Severini, qui vivait à l'époque à Paris, et qui a écrit à ce propos dans son livre de mémoires.
Giovanni Lista fait un bref excursus sur l'évolution de l'art italien depuis la Renaissance. Puis il évoque le XIXe siècle où s'affirme l'originalité des peintres du groupe des macchiaioli, qui est apparu à Florence et a introduit une conception picturale novatrice qui allait de paire avec le risorgimento dont tous étaient partisans. En ce qui concerne l'art moderne, c'est l'influence française qui a joué le rôle déterminant avec la connaissance du cubisme. Toutefois, c'est un courant spécifiquement italien qui déclenche une grande révolution conceptuelle et formelle d'une radicalité absolue : le futurisme.
C'est Filippo Tommaso Marinetti qui en a jeté les bases en 1909 en publiant en première page du quotidien parisien Le Figaro, Le Manifeste du futurisme en 1909. Un an plus tard est publié un manifeste de la peinture futuriste. Spécialiste de la question (il a écrit de nombreux ouvrages et anthologies sur la question), Lista met en avant le rôle du sculpteur Medardo Rosso, là où d'autres chercheurs auraient placé Umberto Boccioni.
Grâce à cet ouvrage, le lecteur peut comprendre les différentes phases de l'art en Italie de la pittura metafisca à l'Arte Povera en passant par le groupe Novecento et le spatialisme de Lucio Fontana/ Même si, comme c'est mon cas, je ne partage pas toutes les opinions parfois contestables de Giovanni Lista, l'utilité de ce traité n'est que trop évidente. Il permet même au néophyte d'avoir une vision assez claire et précise de ce qui s'est déroulé d'important dans la péninsule italienne jusqu'à la fin du siècle dernier. Le seul regret que l'on puisse avoir est qu'il a parfois des artistes qui n'ont pas fait parti des grands courants qui ont marqué cette période passionnante. Dommage qu'il n'y ait pas une version française car l'art italien est connu seulement par bribes dans notre pays.
 La vita e « niente » altro, Viaggi e racconti di un fotoreporter freelance, Uliano Lucas, sous la direction de Tatiana Agliani, Mudima, 144 p.
Una storia di accoglienza, Il Centro per richiadenti asilo Teobaldo Fenoglio a Settimo Toroinese, Uliano Lucas, Mudima, 156 p.
Uliano Lucas est né en 1942 à Milano. Il fréquente très tôt les milieux intellectuels, artistiques et journalistiques dans le quartier de Brera, près de l'Académie des beaux-arts. C'est alors qu'il décide de son destin : devenir photoreporter. Il éprouve aussi le désir de documenté les faits et gestes de ses amis peintre, tels Enrico Castelllani, Constantino Guenzi, Piero Manzoni et Arturo Verni. Mais l'essentiel de sa recherche est d'explorer sa ville natale et de conserver la mémoire de ses habitants en laissant le plus souvent la part du lion au hasard. Il ne recherche ni l'anecdotique ni la scène mémorable qui peut se présenter à lui. Au contraire. Il veut capter la réalité telle quelle, sans y apporter une quelconque valeur esthétique ou une manière particulière de la restituer. C'est la vision d'un quidam qui parcourt les rues de Milan un jour quelconque ou qui prend le tramway.
Uliano Lucas a écrit une courte présentation de son travail dans un de ses livres : « Milan, les rues, les gens, le quotidien de la vie, les transformations des habitudes, de la morale, de la famille, l'irruption de la musique dans le monde juvénile, les rencontres, la vie dans les cafés, les banlieues immenses et leurs transformations. Voici mes premières photographies, vivant entretemps la vie de tous les jours, avec les amis artistes, musiciens, flâneurs, fascinants narrateurs d'histoires devant un verre de vin. J'ai utilisé l'appareil photographique pour enquêter et comprendre les réalités de toutes sortes qui m'entourent et qui m'intriguent. » Au milieu du de ce qui a pu paraître banal pendant les années soixante, on découvre le portrait d'Elio Vittorini. Ainsi, le grand écrivain se voit dans une suite de clichés où l'on perçoit un dortoir ou d'une bouche de métro changé en centre pour l'émigration, Piero Manzoni ou Truman Capote ne sont pas loin dans l'ouvrage du gratte-ciel Pirelli de Gio Ponti, près de la gare centrale, ou encore d'une scène où la police prend d'assaut l'université occupée en 1971. Un train de banlieue ou encore un mur couvert d'une grande inscription disant « Il Vietnam in fabbrica » sont suivis par la vue d'une manifestation ou un manifestant porte l'inscription « La classe operaia va in paradiso ».
L'auteur ne recherche ni la poésie, ni le singulier et encore moins le surréalisme qui pourrait immerger au gré de ses promenades. Une jolie femme assise devant une table du bar « Il posto delle fragole » ou la salle réservée aux femmes d'un hôpital psychiatriques sont placées sur le même plan, tout comme la chaîne de montage de l'entreprise Zanussi à Pordemone. Le monde du travail l'attire particulièrement. C'est vraiment son sujet de prédilection. Mais les ruelles insalubres font aussi partie de son univers visuel, qui ne connaît de règles. Et puis, soudain, apparaît l'artiste Emilio Isgrò ou le journaliste Bruno Crimi. Il nous montre aussi l'artiste Enrico Castellani en compagnie de Vittorini au bar Jamaica, rue Brera, qui était pendant cette période le lieu de rendez-vous privilégié de tous les créateurs dans e domaine des arts plastiques.
Il rencontre Mario Schifano à Bologne et Nanni Balestrini dans un café de la rue Bixio. Non, il n'y a pas de rupture pour lui entre les immeubles modernes et stéréotypés des faubourgs et ces personnages qui ont marqué de leur empreinte mémorable ces années où la prospérité revenue côtoyait la misère des quartiers déshérités éloignés du centre. Quelques clichés remémorent ses voyages, entre autres en Amérique latine. Mais il n'en fait jamais une suite organisée. Ils sont là au même titre que les scènes qu'ils chapardent de-ci et de-là dans la ville. Il se passionne pour ce que nous regardons avec indifférence et qui pourtant est le signe de notre présence au monde. Dans le second volume « une histoire d'accueil », il s'est intéressé de très près à tous ces étrangers qui sont venus, souvent clandestinement, vivre en Italie. Il porte sur eux un regard sans animosité, mais aussi sans en faire les acteurs touchants d'une aventure souvent difficile. Il tient surtout à mettre en relief leur présence qui métamorphose notre environnement. Ces êtres humains qui viennent de terres lointaines connaissent souvent des situations pénibles pour se loger, pour travailler, pour exister dans cette ville qui n'est pas ouverte à la diversité. Uliano Lucas a très bien su nous relater leurs destins sans paraphrases et sans emphase, mais avec un œil capable de faire découvrir une réalité gênante alors qu'elle s'inscrit dans le décor le plus familier qui soit. Le photographe se dévoile, bien sûr, au gré de ses prises de vue, mais ne veut pas teniir un discours revendicatif ou humaniste. Il veut simplement montrer comme évolue une grande agglomération industrieuse qui est condamnée à changer d'aspect à cause des progrès techniques en tous genres, mis aussi parce que la population connaît une mutation irréversible, qui engendre bien des questions et aussi, malheureusement, tant de problèmes.
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Gérard-Georges Lemaire 18-06-2026 |
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| Verso n°136
L'artiste du mois : Marko Velk
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POUR UNE AUTRE PHOTOGRAPHIE…
Esther Ségal
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