 Le Petit bestiaire (album), Julien Blaine, postface de Gilles Suzanne, collection Al Dante, Les Presses du Réel, 296 p., 29 euro.
Aujourd'hui, je ne vais pas faire l'éloge de Julien Blaine car je l'ai déjà fait maintes fois au fil de cette chronique. Le lecteur sait tout le bien que je lui veux et aussi toute l'admiration que je lui porte. Dans son essai, Gilles Suzanne nous rappelle que le premier ouvrage qui a précédé les abécédaires a été le Phystologos. L'âge d'or des abécédaires a été sans conteste le Moyen Âge, et il fournit de nombreux exemple de ce genre qui s'éteint avec la parution au XVIe siècle des premiers ouvrages de science naturelle, sans pourtant disparaître tout à fait. La poésie du siècle dernier a offert de merveilleux exemples littéraires à commencer par Jules Renard. Et plus ils s'éloignent du domaine scientifique et plus ils prennent une dimension poétique, parfois même fantasque ou burlesque. Une partie de son oeuvre est construite comme les pages de Bimot, mettanr en relation deux mots, l'un au-dessus de l'autre, séparés par une barre horizontale, établissant chaque fois une connivence ésotérique entre deux animaux. Parfois apparaît le dessin de l'animal et il peut remplir seul une page. Toute la question demeure que nous restons interloqués par ses confrontations (un exemple : roitelet / condor). Son abécédaire s'inscrit dans ses architectures démembrées de notre langue. Julien Blaine se plaît toujours à nous plonger dans le doute et à tenter de déchiffrer les codes de son langage poétique, car sa poésie ne s'inscrit plus dans la grande tradition de ce genre, bien au contraire.
 Bellezza e brutezza, ideale, reale, caricaturale nel rinascimento, Chiara Rabbi Bernard, Gallerie d'Italia, Milan, 336 p.
Il est des expositions intéressantes, bien faites, qui vous marquent profondément. Et il en est quelques-unes, bien rares, qui laissent en vous une empreinte magique, indélébile, car vous y avez trouvé le plaisir de la découverte, mais aussi la joie d'avoir appris à percevoir un sujet sous une lumière nouvelle. Le thème de la beauté n'est certainement pas de ceux qui surprennent. Mais Chiara Rabbi Bernard a su non seulement rassembler des oeuvres originales qui s'inscrivent dans ce dualisme, mais qui a su aussi rendre la question un peu plus complexe et même mystérieuse. Pour nous, le concept de beauté est intimement lié à la culture grecque antique. La philosophie, en particulier celle de Platon, a associé étroitement le bon et le beau. Avec la Renaissance italienne, le platonisme écarte la pensée d'Aristote, qui a dominé pendant le Moyen Âge, et redonne à la beauté tout son prestige. La peinture et la sculpture se doivent alors de la manifester. Les oeuvres de Sandro Botticelli, pour ne citer que lui, expriment une vision du beau qui s'impose comme la valeur première de l'art. Si l'on rencontre des noms illustres, ceux-ci sont le plus souvent liés à des ouvrages de petite dimension et à des auteurs moins connus et parfois même inconnus. Un sujedt classique comme les trois Grâces est ici présent avec des peintres qui ne sont pas des plus célèbres (je songe, entre autres, au Siennois Rutilio Manetti, qui n'en est pas moins remarquable). Et de nombreux créateurs du Nord de l'Europe-, Un Anversois comme Adriaen Thomasz Key nous a laissé un admirable portrait de Marie Madeleine. Le catalogue est vraiment un voyage dans un musée imaginaire où découvrir comment, au XVIe et au XVIIe siècle, des auteurs de valeur indéniable bien qu'ils soient exclus des grands traités d'histoire de l'art, qui ont su traduire le concept de beauté avec finesse et délicatesse.
Si l'exposition était merveilleuse, le catalogue qui l'accompagne est une merveille. Il nous fait connaître ces « petits maîtres » qui mériteraient un sort meilleur et aussi se sont montrés capables de mettre en scène ce qui était jugé beau à l'époque. Plusieurs essais nous font apparaître les divers aspects de la beauté et de quelle façon elle a pu être dans une composition. En sorte que ce volume nous enseigne à mieux comprendre l'esthétique de ce passé que nous devons encore explorer. L'histoire de l'art n'est une matière statique : il faut la revisiter sans cesse.
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