logo visuelimage.com
 
 
 
Les [Verso-hebdo] antérieurs
  1 2 3 4 5 6 7 8 9 Suite

17-09-2026

10-09-2026

03-09-2026

25-06-2026

18-06-2026

11-06-2026

04-06-2026

28-05-2026

21-05-2026

14-05-2026

 
[visuel-news]
03-09-2026
La chronique
de Pierre Corcos
Un cinéma édifiant
Il est de nature à nous porter vers le "bien", la tolérance ou le soin des autres par les exemples (ou les contre-exemples dissuasifs) qu'il nous donne ; ou alors il prétend nous éclairer pour favoriser une réflexion juste... C'est un cinéma édifiant. Cette tendance explique sa tenue, sa tension même, mais aussi son côté démonstratif, voire didactique. Les films de ce genre se servent du cinéma plutôt qu'ils ne servent le cinéma, pourrait-on dire. Suivant leur droite ligne, consciencieusement, ils en oublieraient la gratuité esthétique, l'expression d'un imaginaire, le jeu des plans et du montage, de la temporalité filmique, les débordements de l'image, etc. Beaucoup de spectateurs se contentent de ce cinéma édifiant, très souvent primé d'ailleurs. Et, après tout, la sociologie de la cinéphilie ne nous apprend-elle pas le relativisme des critères d'appréciation, voire à contester la position "savante" (universitaire, critique spécialisée) qui serait finalement réductrice de la diversité des pratiques cinéphiliques (cf. "Cinéphiles et cinéphilies" de L. Jullier & J-M Leveratto - Armand Colin) ?

Le très long film (3h16) Soudain de Ryusuke Hamaguchi - ingénieuse adaptation d'un ouvrage qui compile la correspondance entre une anthropologue et une philosophe japonaises - recèle un certain nombre d'avantages inattendus... Par exemple on y apprendra énormément sur la gestion actuelle des EHPAD : tiraillée entre la rentabilité voulue par les investisseurs et une exigence accrue, mais coûteuse, de soins personnalisés (l'"humanitude", une notion qui existe vraiment, est promue par la protagoniste principale (Virginie Efira), et que le film nous enseigne dans le détail !) ; aussi sur les dégâts et l'aliénation du surtravail ; également sur l'origine macroéconomique du vieillissement de la population et du déclin de la natalité, et ce lors d'un véritable cours sur tableau exposé par l'autre héroïne (Tao Okamoto) ; aussi sur la démarche de l'antipsychiatrie et l'un de ses représentants, Franco Basaglia ; et encore sur l'intéressante rencontre entre culture japonaise et française (certains comptes rendus ont loué la performance de l'actrice belge s'exprimant en japonais dans le film) ; et enfin sur l'importance du massage plantaire et de la marche lente et en pleine conscience... Le film, presque un documentaire qu'animent les sentiments les plus louables, repose sur de longs et permanents dialogues. Ils ont incité le réalisateur japonais à tourner en France, réputée pour sa tradition de cinéma littéraire et bavard. Le cancer mortel, dont est atteinte l'héroïne japonaise, ajoute au sérieux permanent du film l'indéniable gravité de cette tragique situation. Les actrices furent à la hauteur de ce cinéma d'élévation, et ont évidemment décroché un double prix d'interprétation féminine à Cannes. Soudain est un film progressiste, humaniste et optimiste, débarrassé de toute grinçante dissonance et/ou de tout formalisme gratuit ou frivole. Il parle aux spectateurs pour expliquer et convaincre en douceur. Lien social, care, résilience et réparation : voici une éthique consensuelle qui rassure, un cinéma édifiant qui satisfait maints critiques et spectateurs.

Le film Fjord de Cristian Mungiu a obtenu la Palme d'or au dernier festival de Cannes, également le Prix du jury oecuménique (on dirait que le second prix déteint souvent sur le premier). L'habile réalisateur roumain, fidèle à sa méthode de présenter un cas emblématique inspiré d'un fait divers, veut se placer (et le public) en surplomb, garantir une probité documentaire... Son film est édifiant comme un témoignage apte à nous éclairer, donner matière à une saine réflexion. Mungiu dit plaider contre tout fondamentalisme (surtout un supposé "fondamentalisme de gauche") et pour la tolérance dans une société de plus en plus divisée, polarisée. Bravo. À sa noble cause il a rallié le festival et la majorité de la critique. Seules quelques voix dissonantes ont suggéré que le film était plus tendancieux et idéologique qu'il en avait l'air... Quelle est l'histoire ? Une famille évangélique roumaine, très pieuse, s'installe dans une petite ville norvégienne où elle est bien accueillie. Mais des soupçons de maltraitance (marque de coups sur un enfant) alertent l'institution scolaire, puis l'Aide à l'enfance qui intervient très vite. Le temps de l'enquête, les enfants sont retirés aux parents, confiés à des familles d'accueil en attendant un procès au civil puis un autre au pénal... Le film cultive le moindre détail, son casting est soigné, un brin manipulateur. Le père roumain (Sebastian Stan), est aimant, ferme dans sa religion, d'une bonne volonté remarquable, et la mère (Renate Reinsve) d'une sainte douceur de Vierge ; enfin les enfants se montrent sages et obéissants. En face, des Norvégiennes brandissant la "Procédure" (mot fétiche, chargé de toute une tatillonne administration scandinave sociale-démocrate) et s'exprimant avec cette morne assurance de celles et ceux qui, l'âme quiète et les yeux vides, se contentent d'appliquer une règle ici inspirée par la science et l'éthique. Et l'on peut confusément associer la froideur bleutée, grise des paysages norvégiens, écrasants et austères, à cette rationalité pure et déshumanisée. Après cette démonstration minutieuse d'un supposé "stalinisme" new-look, à la fois rationaliste, athée et psychiatrique, la réaction des foules et partis roumains (pourtant réactionnaires, ultrareligieux et fascisants) qui s'en mêlent importe peu. Le film de Mungiu est passé, efficace et édifiant.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
03-09-2026
 

Verso n°136

L'artiste du mois : Marko Velk
Esther Segal[Esther Segal]
POUR UNE AUTRE PHOTOGRAPHIE…
Esther Ségal

visuelimage.com c'est aussi

Afin de pouvoir annoncer vos expositions en cours et à venir dans notre agenda culturel, envoyez nous, votre programme, et tout autre document contenant des informations sur votre actualité à : info@visuelimage.com
ou par la poste :
visuelimage.com 18, quai du Louvre 75001 Paris France

À bientôt.
La rédaction

Si vous désirez vous désinscrire de cette liste de diffusion, renvoyez simplement ce mail en précisant dans l'objet "désinscription".

     


Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com