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La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Tu nous as enfin retrouvés, Edgar Selge, traduit de l'allemand par Jacqueline Chambon, Actes Sud, 520 p., 2, 50 euro.

Curieusement, alors qu'il connaît un succès réel en Allemagne, son pays natal (il y est né en 1948), et pas seulement dans le domaine du roman, mais aussi dans celui du théâtre, du cinéma, de la télévision, il n'est pas autant apprécié en France. Ce volume est sans doute une de ses plus remarquables réalisations. Ce n'est peut-être pas à la hauteur de Thomas Mann, mais c'est tout de même hors du commun. Il a en particulier un sens aiguisé du détail qui n'est jamais inutile ou superfétatoire, mais lui sert àà nous faire toucher du doigt. Son style est sans doute assez conventionnel, mais il est manié avec dextérité et son univers prend grâce à lui un poids et une ampleur qui sont remarquables.
Entre les grands thèmes traités, le plus important est le rapport du fils, Edgar, et de son père qui est un bourgeois des plus conservateurs, catholique pratiquant et qui n'hésite pas à frapper son fils, pensant ainsi exercer un doit régalien de justice. Enfin, s'il peut se montrer brutal sans regret, c'est aussi un musicien averti et délicat, qui joue du piano avec talent que sa femme l'accompagne au violon. Il organise même de petits concerts où sont joués Bach, Beethoven, Haydn... C'est une de ses contradictions flagrantes, mais pas la seule. Son fils doit vite apprendre à mentir et à échapper ax foudres de son géniteur, ce qui est indispensable pour ne pas sombrer dans la plus grande tristesse. C'est ainsi qu'il apprend les ressorts indispensables de l'existence. Et comme chaque époque, chaque fâcherie, chaque chose est détaillée avec soin, nous nous retrouvons au beau milieu de ce drame permanent où l'on voit un enfant trouver les solutions pour ne pas être écrasé ou battu comme plâtre. Edgar Selge est un roman familial dans le sens plus juste du terme. Mais nous sommes bien loin de Charles Dickens où les enfants forment une communauté souffrante sur laquelle se penche avec bienveillance. Ici, c'est un individu jeune qui affronte un individu plus âgé, plus fort, qui possède un pouvoir presque absolu sur le gamin.
Ce qui rend cette fiction passionnante, ce n'est pas uniquement son réalisme extrême, mais le déroulement des événements qui transpose des faits d'une grande banalité dans une sphère prenant un caractère biblique. L'évolution du caractère et de la réflexion du jeune garçon est pour moi l'esprit d'une culture germanique qui n'est pas exclusivement prussienne. En somme, malgré une relative monotonie du ton et de la narration, on ne peut qu'être captivé par le destin de ce gamin devenant un rebelle à son corps défendant. Mais devient-il un homme pour autant ? Oui, c'est incontestable, mais un homme moulé par son père en grande partie. Sa résistance lui confère un rien d'originalité et laisse transparaître sa personnalité , du moins ce qu'il a pu en sauver.
Ce livre nous apprend aussi quelque chose de cette ancienne génération qui a connu et souvent soutenu le nazisme, dont l'auteur ne parle pas directement. A mon sens, cet ouvrage est à mettre entre les mains de tous les parents pour qu'ills mesurent le chein difficile à parcourir.




Le Bateau-feu, Siegfried Lenz, traduit de l'allemand par Isabelle Liber, « Pavillons », Robert Laffont, 288 p., 17 euro.

Ce volume contient deux grandes nouvelles. La première, qui lui donne son titre, a quasiment la dimension d'un roman. Il s'agit de l'histoire du capitaine Freytag et son maigre équipage - des marins qui ne naviguaient pas car ils avaient été affectés sur un navire stationnaire (comme l'ait été Pierre Loti pendant vingt ans à Istanbul). Ce bâtiment servait de phare au long d'une guerre qui durait déjà depuis neuf ans mais dont on ignore la nature. Si la haute mer n'est pas du ressort de ces hommes, qui sont retenus au fond de l'océan par une ancre qu'il est interdit de toucher les aventures ne sont pas moins nombreuses pour eux. Au début, ils voient un navire emporté par le courant. Ils parviennent à le remorquer. Ils ont eu la surprise de comprendre qu'il s'agissait d'évadés d'une institution pénitentiaire. C'est ainsi que le capitaine fait la connaissance du dr Gaspary, avec lequel une entende mystérieuse s'établit aussitôt. Les marins tentent de réparer le navire qu'ils viennent de sauver mais la chose est infaisable. D'autres épisodes feuilletonnesques se déroulent. Et, à la fin, le capitaine Freytag trouve la mort.
Le second récit se déroule dans la mer Baltique sur un dragueur de mine (le MX 12) qui se dirige vers Kiel. Son commandant reçoit l'ordre de se porter au secours d'un navire qui venait être touché par les torpilles d'un sous-marin et qui coulait. L'opération n'était pas simple car les naufragés étaient nombreux et des navires ennemis frayaient dans la zone. Des dissentions se font jour et des officier se refusent d'exécuter les ordres. Une fois sorti de ce guêpier dangereux, les membres de l'équipage sont arrêtés. Un tribunal est hâtivement installé et les jugements furent rapidement énoncés et exécutés. L'écrivain semble là encore hanté par l'idée du respect de la hiérarchie et de l'attitude à avoir en face d'ordres impossibles à réaliser. Et tout cela a lieu alors que la guerre vient juste de se terminer (il semble s'agir ici de la dernière guerre mondiale).




In nature, una recognizione del dialogo intima tra arte e natura, Marilisa Di Giovanni, prefazione di Alberto Barranco di Valdivieso, Scoglio di Quarto, 96 p.

Amoureux de l'art contemporain l'architecte Alberto Baranco di Valdieso a voulu dans sa préface donner une idée précise mais concise de la démarche de Marilisa Di Giovanni qui a tenu a mettre en évidence la relation entre l'artiste et la nature. Elle a la conviction que ce rapport étroit existe depuis la nuit des temps et que cela a été un fondement spirituel déjà à la préhistoire à ce que le catholicisme professe aujourd'hui. Ce lien est bien une hyperbole car il n'y a là aucune base archéologique et encore moins manuscrite. Mais, de toute manière, ce n'est pas cela qui m'intéresse, chacun est libre de voir midi à sa porte. Sans doute s'est-elle lancée dans un pan de l'histoire de l'art qui est gigantesque et donc peu adapté à un livre de cette dimension. Ce sont plutôt les considérations sur la naissance du paysage moderne qui me perturbent.
Ni Constable ni Turner ne sont cités alors qu'ils ont apporté une véritable révélation, sinon une profonde révolution dans la figuration du paysage. Et les préraphaélites anglais qui avaient une conception bien à eux de comment traiter la nature ne sont pas même évoqués. Nous contenterons donc de l'école de Fontainebleau (qui n'a jamais été une école au sens strict) et puis de l'Arte Povera et du Land Art, les créateurs qui y ont adhéré et qui ont donc refusé la tradition paysagiste pour imaginer une autre manière de concevoir ce que la pensée artistique peut faire des éléments naturels. Pour une initiation, ces pages sont peut-être un bon début pour apprendre les soubassements de cette aventure qui est d'abord une vue de l'esprit.
Gérard-Georges Lemaire
04-06-2026
 

Verso n°136

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POUR UNE AUTRE PHOTOGRAPHIE…
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