| |
04-06-2026 28-05-2026 21-05-2026 14-05-2026 07-05-2026 30-04-2026 23-04-2026 16-04-2026 09-04-2026 02-04-2026
|
|
[visuel-news]
07-05-2026
|
La chronique de Gérard-Georges Lemaire |
|
| Chronique d'un bibliomane mélancolique |
 Matisse, Libérer la couleur, Anne Sefrioui, « L'Art en lumière », Hazan, 140 p., 23, 95 euro.
Il est plus que-probable que ce volume ait vu le jour en relation avec la grande exposition qui se déroule actuellement au Grand Palais de Paris. Ilse situe entre l'ouvrage de vulgarisation et le livre de table basse ses tranches sont dorées, il est catonné et bénéficie d'une mise en page agréable. L'idée est sans-doute partie de conjuguer l'idée de cadeau pour faire partager son amour pour la peinture de cet artiste qui, avec Pablo Picasso, a incarné l'avènement de l'art moderne au début du siècle dernier. Il faut préciser qu'il ne s'agit pas dans ce cas de faire une biographie concise ni de condenser les principaux éléments de son langage plastique. En fait, tout repose sur un choix très précis d'oeuvres qui permet de comprend l'évolution de son parcours artistique, de la période dite fauve aux papiers découpés de la fin, en particulier ceux de son recueil baptisé Jazz (1947) (ce n'est d'ailleurs pas le seul ensemble qu'il a créé dans cet esprit). Bien sûr, l'iconographie est prépondérante. Mais ces pièces des plus emblématiques sont accompagnées d'un commentaire qui permet au lecteur de comprendre ses principales qualités et leur nouveauté quia suscité d'ailleurs une sorte de scandale quand il a été présenté pour la première fois au Salon d'Automne de 1905, où il a exposé dans la salle VII aux côtés de Derain, de Marquet et de Vlaminck. Camille Mauclair a déclaré alors dans un article qu' « un pot de peinture a été lancé à la figure du public ». Ces réactions outrées et le scandale provoqué ont conduit à provoquer un intérêt marqué pour ces jeunes peintres qui rompaient avec la tradition conservatrice et même avec l'impressionnisme.
Il n'y a pas dans ces pages un dessein didactique précis, mais le souci de l'auteur de rassembler des ouvrages dans des parties qui mettent en évidence l'espace ou la couleur, ou encore la relation au réalisme. Si cet ouvrage ne saurait concerner les historiens d'art, il est loin de démériter car je suis persuadé que c'est un bon instrument pour découvrir l'esthétique de Matisse et l'audace de sa peinture. Cela va au-delà de la pure et simple vulgarisation. Et je crois donc qu'il constitue un beau présent qui offre à un néophyte de-connaître les grandes lignes de cette aventure qui n'a cessé de se renouveler dans le cours du temps tout en reprenant sans cesse des formules formelles qui le caractérise, mais qu'il a su rejouer chaque fois dans termes nouveaux.
 Le Clou dans la tête, Paul Nizon, traduit de l'allemand par Frédéric Joly, Actes Sud, 340 p., 23,50 euro.
Ce grand homme de lettres suisse, né à Berne en 1929, a débuté sa carrière avec la publication de Les Lieux mouvants en 1959 (après l'échec de Canto, jugé trop d'avant-garde) alors qu'il est encore étudiant à Munich. Il rédige une thèse sur Vincent Van Gogh. Après un long séjour de travail en Calabre, il s'est marié et a travaillé au musée d'Histoire de Berne. Il ne se consacre plus qu'à l'écriture au début des années soixante. Il se partage entre oeuvres romanesques et journaux. Il s'installe à Paris en 1977. Il reçoit un grand nombre de prix et son oeuvre est presque entièrement traduite en français.
Ce dernier ouvrage couvre la décennie de 2010. C'est tout à la fois un journal de voyages, des réminiscences et des rencontres, une méditation sur l'art de l'écriture et une réflexion sur l'art de vivre. Il n'a rien perdu de sa vigueur et l'ouvrage frappe par sa densité et par la vivacité et la profondeur de ses propos. Il ne cesse de passer d'un argument à un autre, avec un sens consommé de la tension narrative et aussi de l'ellipse. Il fait partager au lecteur tout ce que sa pensée lui ouvre comme chemins autobiographiques et intellectuels, avec un sens aigu de la concision, si bien qu'on ne s'ennui jamais à le suivre au fil des jours. S'il n'a pas eu l'ambition de Michel de Montaigne, son propos se rapproche de l'esprit des Essais, dans une optique moderne. Et jamais il n'est ennuyeux oiu bavard. Enfin, il ne tombe pas dans les pièges de la mode intellectuelle de cette période. Il se découvre, avec réserve et pudeur et, ce faisant, il nous révèle à nous-mêmes.
 Le Syndrome de Kyoto, Nicolas de Crécy, « Sygne », Gallimard, 208 p., 20 euro.
L'auteur, qui s'est fait un nom dans la bande dessinée et qui n'en n'est pas à son premier pas dans le domaine du roman, raconte l'histoire d'un artiste, qu'on imagine assez jeune, qui a la chance de pouvoir séjourner à Kyoto. Mais plus qu'un roman au sens strict, car il nous fait partager, à travers le personnage fictif d'Alexandre Vollin-Delbar, ses réflexions et ses visions, parfois ses réminiscences (on retourne plusieurs fois à Paris en sa compagnie), son livre étant un peu un recueil d'insidieuses explorations et de voyages fragmentés (ou plutôt de l'échec de la découverte de lieux historiques) et une sorte de chronique intime, en même temps qu'une suite de références à des peintres célèbres, anciens et modernes, qui semblent ponctuer ses digressions. Son texte est pour l'essentiel l'association de ce qu'il découvre au cours de ses promenades dans l'antique Kyoto, mais aussi dans la très moderne et déconcertante Tokyo. Le déroulement du récit n'est jamais linéaire, mais toujours une dérive entre ce que le narrateur entreprend de faire dans les rues de ces villes antinomiques (le nom de Tokyo a été créé en renversant les caractères de Kyoto) et des idées qui le saisissent au gré de ses errances solitaires dans un quartier ou un autre.
Parler ici de roman est abusif car il s'agit plutôt de méditations entre un paysage urbain et les oeuvres de tous ces innombrables créateurs connus et célébrés qui n'ont de laisse de l'obséder. L'ouvrage, une fois sa lecture achevée, laisse une sensation duelle : le plaisir de toutes ces circumnavigations et la déception de ne pas plus pénétrer dans la beauté de Kyoto, sauf dans de rares passages. Il est évident que Nicolas de Crécy n'a pas l'étoffe d'un romancier, mais possède néanmoins le don d'une fiction qui a trait à la peinture et à sa longue et parfois énigmatique déclinaison dans le temps de notre culture.
|
Gérard-Georges Lemaire 07-05-2026 |
|
|
| Verso n°136
L'artiste du mois : Marko Velk
|
POUR UNE AUTRE PHOTOGRAPHIE…
Esther Ségal
|
visuelimage.com c'est aussi
|
Afin de pouvoir annoncer vos expositions en cours et à venir
dans notre agenda culturel, envoyez nous, votre programme, et tout
autre document contenant des informations sur votre actualité à : info@visuelimage.com
ou par la poste :
visuelimage.com 18, quai du Louvre 75001 Paris France
À bientôt.
La rédaction
Si vous désirez vous désinscrire de cette liste de diffusion, renvoyez simplement ce mail en précisant dans l'objet "désinscription". |
|