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21-05-2026
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Pièce montée, Margaret Kennedy, traduit de l'anglais par Denise Van Gindre, Quai Voltaire, 432 p., 24 euro.

Margaret Kennedy est née à Londres en 1898 et est décédée en 1967. Si elle fait des histoires d'histoire, elle désire consacrée son existence à la littérature. Son second roman, La Nymphe au coeur fidèle, connaît un grand succès et elle a eu une production des plus nourries, pour ne pas dire pléthorique. De toute évidence, elle s'est inscrite dans la tradition du roman, féminin du siècle précédent qui avait été si riche, sans en emprunter toutes les formules et en adaptant les personnages et les décors à sa propre époque. On y retrouve une figure centrale en proie à des dilemmes et à des tourments sentiments, et une foule de figures qui tournent autour d'elle-et influencent directement ou indirectement sa vision du monde et son destin, avec plus ou moins de poids. Enfin, le texte est rempli de détails de toutes sortes, qui donnent corps au récit.
Son univers est foisonnant d'une manière exponentielle, Lucy Carmichael, notre jeune héroïne, ne renforçant dans la narration à travers ces mille notations des paysages, des vêtements, des décors intérieurs et bien sûr des hommes et des femmes qui évoluent dans son petit monde qui est en réalité immense. De tous les arguments qui leur tiennent à coeur et qu'elles échangent sans fin, c'est la question du mariage qui les occupent le plus. Leurs interrogations demeurent un peu d'un autre temps, mais leur sens et leurs pensées intimes des plus aiguisées, et leur imaginaire des plus débordants comblent ce semblant d'une époque révolue. Melissa rencontre un soir, en l'absence de son amie, un explorateur nommé Patrick Reilly. Elle est émue et transportée. Leurs relations ne font que devenir plus intimes. Et cet homme d'aventure finit par lui demander sa main. Mais en fin de compte, le mariage n'est pas célébré. La jeune fille finit par prendre un poste d'enseignante à Ravonsbridge dans un institut artistique, qui avait été fondé par un magnat de l'automobile, Matthew Millwood. Dans la partir haute et huppée de la cité vit la veuve de ce magnat et philanthrope défunt. Elle a deux fils, dont l'un, Charles, est le directeur de l'usine. Celui-ci n'aime pas trop sa fonction. Lucy se retrouve alors projetée dans ce nouveau monde où elle achève de se former ses convictions les plus profondes, et autant ses illusions et de ses aspirations les plus profondes.
Si l'écriture de Margaret Kennedy peut paraître un peu surannées, elle est néanmoins l'une des voies par lesquelles un genre de roman a pu non seulement se survivre, mais même se rénover et donc continuer à attirer des lecteurs. Bien sûr, on ne pourra pas la comparer à un James Joyce, à un Joseph Conrad ou à Virginia Woolf, si elle n'a rien de similaire avec la littérature française du début du XXe siècle, elle n'en a pas moins ses qualités et une manière de faire étonnante qui sait conduire une narration fluide et dense malgré la pléthore d'éléments mis en jeu. IL faut se souvenir qu'elle a écrit un nombre remarquable de scénarios de cinéma, dont l'adaptation de quelques-uns de ses propres livres.




Pourquoi la guerre ? Albert Einstein, Sigmund Freud, traduit de l'allemand par Blaise Briod, L'Herne, « carnets », 68

Pourquoi avoir associé dans ce petit volume ces deux grands maîtres de la science du XXe siècle ?
Cela n'est absolument incongru par ce qu'il s'agit d'une lettre que le célèbre physicien Eistein adresse au créateur d'une science nouvelle encore très discutée en juillet 1932. Cet échange épistolaire a été provoqué par la Société des Nations. Einstein commence par analyser rapidement les conditions qui font que le droit et la force sont conjuguées dans un certain contexte. Il est à remarquer qu'il n'apporte pas de réponse à la question qu'il pose pensant sans doute qu'en tant de physicien il sortirait de sa sphère d'examen. L'on sait qu'après la guerre et qu'après l'usage de la bombe atomique, il a produit des essais où il étudie la situation internationale car ses confrères et lui ont joué un rôle déterminant dans le déroulement de la Seconde guerre mondiale.
Dans sa réponse, Freud s'évertue de montrer l'évolution de l'affrontement entre les groupes humains, quui passe du purement physique à un niveau plus intellectuel. Quoi qu'il en soit, cela ne retire rien a fait qu'ill y ait des vainqueurs et des vaincus pouvant entraîner le mécanisme du maître de l'esclave. Il est manifeste que l'était de guerre, une fois conclu, peut être la source d'autres conflits. Freud met l'accent sur les ensembles qui peuvent se constituer dans ces périodes où l'on met en jeu des situations jusque-là bien établies Il ramène la question aux termes des instincts, l'un ses pôles étant celui de la préservation (il le qualifie d'érotique) et l'autre de vonlà établies, l'autre celui de la destruction (en somme, il confronte éros et thanatos). Mais cette opposition fondatrice n'a rien à voir avec le bien et le mal. En réalité, ces deux formes d'instinct confondent volontiers amour et possession. Cela ne fait aucun doute dans l'esprit de Freud, les deux tendances contraires sont indissolublement liées. Il conclue en ayant fois dans la culture, mais je crois qu'il s'agit là de rendre son propos acceptable pour son interlocuteur.
J'aurais beaucoup aimé que reparaissent en même temps l'ouvrage d'Emmanuel Kant, Vers la paix universelle, qu'il a publié en 1795 où il a énoncé les dix conditions pour que la paix puisse régner dans le monde. Il ne faut pas oublier qu'il l'a couché sur le papier après la Révolution française et les combats des puissances coalisées contre la nouvelle Nation qui en est sortie par miracle triomphante en dépit de la disproportion des forces. C'est un texte peu commenté et qui pourtant recèle les clefs de notre approche moderne des conflits armés.
Gérard-Georges Lemaire
21-05-2026
 

Verso n°136

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