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14-05-2026
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Autoportrait du rêveur, Walter Benjamin, traduit de l'allemand par Marc de Launay, L'Herne, 158 p.,

Si Walter Benjamin (né à Berlin en 1892 à Berlin - mort à Portbou en 1940) a été l'un des plus intéressants penseurs du siècle dernier, il n'a jamais écrit un livre dans le sens classique à proprement parler et n'a publié que deux ouvrages. Il a écrit pourtant un nombre important de textes, dont certains ont parus dans des journaux allemands à la fin des années vingt et au début des années trente, comme c'est le cas pour la plupart des textes réunis dans le présent recueil, qui est une fascinante compilation. Il commence à collaborer à des périodiques dès 1910 sous le pseudonyme d'Ardor. L'autre aspect surprenant de sa démarche est qu'elle est en grande partie de nature philosophique, elle comprend aussi des récits qui sont souvent courts, mais superbes. Il a donc été un écrivain comptant parmi ceux qui ont marqué son époque de sa marque de fabrique inégalable.
Il a aussi rédigé des oeuvres autobiographiques dont Enfance berlinoise vers 1910, rédigée au début des années trente au début des années trente et publiée après sa mort). Il a aussi été traducteur du français, choissant de rendre dans sa langue Charles Baudelaire, Honoré de Balzac et Marcel Proust. A partir de 1912, il étudie la philosophie la philologie allemande et aussi l'histoire de l'art. Il achève ses études à l'université de Munich et, à partir de 1917, à l'université de Berne, où il achève sa thèse sur la critique d'art à l'époque romantique. Il voyage en Suisse et fréquente les dadaïstes à Zurich, en particulier Francis Picabia et Hans Richter.
Il rentre en Allemagne la guerre terminée et achète un tableau de Paul Klee. En 1922, il obtient une habilitation à l'université de Heidelberg. Sa tradction de Baudelaire l'a amené à faire un premier séjour à Paris, où il fréquente le cercle des surréalistes et surtout Louis Aragon. Pour subvenir à ses besoins, il écrit des articles de critique d'art et il termine son essai sur Baudelaire en 1923. L'année suivante, il voyage en Italie et séjourne à Capri où il rencontre Asya Lâcis, jeune metteur en scène lettone, qu'il admire et dont il tombe amoureux. Il revient à Berlin à l'occasion de la mort de son père en 1926 puis retourne à Paris. Au début de 1926, il fait un séjour à Moscou qui lui inspire un essai.
De nnouveau à Paris en 1928, il met la dernière main à Rue à sens unique, qui est mis sous presse. Une année passe et il travaille la radio en Allemagne, où il produit quatre-vingt-cinq émissions, sur Friedrich Hebb, Brecht et Franz Kafka et autres auteurs mais aussi dess pièces destinées aux enfants, par exemple, jusqu'en septembre 1932. N'ayant plus de travail et l'avènement du nazisme l'empêchant de trouver un emploi dans son pays, il émigre en France. En 1939, il est arrêté et incarcéré au camp de Vermuche d'où il est libéré grâce à certains amis français. Il va tenter de passer en Espagne et ayant échoué dans sa tentative, il décide de se suicider.
La lecture d'Autoportrait du rêveur est un délice. On y retrouve toutes les facettes de son art d'écrire et les ressorts de sa faculté de penser qui est toujours originaux et Je songe aux « Romans policiers de voyage » ou aux « Moyens de réussir en treize leçons » révélateurs d'un esprit aiguisé et parfois ludique, mais tout en conservant un véritable manuel miniature pour apprendre à méditer sur les choses de ce monde, des plus simples aux plus abstraites.. Je confesse avoir une prédilection pour « Je déballe ma bibliothèque ». On a ici la possibilité de découvrir tous les pans de son intelligence, de sa façon de s'emparer d'un sujet dans une perspective imprévue et de jouer avec le langage. Qui a l'intention de découvrir Walter Benjamin se doit de posséder ce livre presque magique où l'humour va de pair avec les hautes sphères de la métaphysique ou de l'art.




Lundi ou mardi, Virginia Woolf, traduit de l'anglais par Pierre Guglielmina, L'Herne, 126 p.

Virginia Stephen, née à Londres en 1882, fille d'un écrivain érudit et admiré dans les sociétés savantes de l'Angleterre de la fin du règne de la reine Vicotia) par ses contemporains, sir Leslie Stephen, a commencé à écrire en 1905. Elle a commencé à collaborer au Times a achevé son premier roman, The Voyage Out (La Traversée des apparences). Bien sûr, les oeuvres qui suivent sont saluées bien après bien après leuyr parution (il convient de se souvenir qu'elle a été éditrice avec son mari Woolf, créant The Hogarth Press) , comme Mrs Dalloway (1925), ou La Promenade au phare (1927). Elle a été l'âme d'un cercle d'auteurs, de théoriciens, d'artistes qu'elle a baptisé The Bloomsbury Circle où se rencontrent l'économiste John Maynard Keynes ou l'historien Lynton Strachey. Sa soeur, Vanessa, qui est peintre, épouse un critique d'art, Clive Bell, et fonde son propre groupe. Quant à elle, elle se marie avec Lenard Woolf, un fonctionnaire qui démontre lui aussi des dispositions pour la littéraire. Leur relation se fonde surtout sur la passion pour les livres, qu'ils publient eux-mêmes en faisant toujours appel à Vanessa pour illustrer les couvertures.
En dehors de ses romans qui ont fait sa gloire, elle a écrit des nouvelles, qui sont la plupart du temps plutôt brèves et qui révèlent à merveille son intention de quitter l'esprit des grandes romancières anglaises du siècle précédent pour adopter une forme d'écriture jusque-là inusitée. Elle ne dédaigne pas d'avoir recours à l'ellipse et à se dispenser des transitions et de tout ce qui lie une partie du récit au suivant. Son écriture est à la fois souple et nerveuse. Ce qui est un véritable paradoxe. Elle a réalisé une véritable révolution sans pourtant jamais vouloir troubler son lecteur comme a pu le faire James Joyce avec Ulysses. Les dix nouvelles rassemblés dans ce volume sont d'authentiques joyaux. Leur style se caractérise par ce jeu entre ne narration raide et une manière d'écrire à la fois simple et pesée avec soin. J'ai n'affection particulière pour « Kew Gardens », qui me remet en mémoire son merveilleux livre sur Londres, qui est un petit chef-d'oeuvre, nous faisant découvrir la cité selon une vision où les sens sont mis en alerte (tout le contraire d'un guide touristique). En quelques pages, elle a su transmettre mille sensations et des émotions ressenties lors d'une promenade qui n'a eu d'autre but que de découvrir l'essence d'un monde urbain. Nul ne peut se dispenser de se plonger dans ces nouvelles dont le sujet est moins important que la manière de le traduire.




Entre forme et sens. Traverser la mémoire, Éric Vassal, Clac Art contemporain, Collection de l'atelier, 132 p., 18 euro.

Éric Vassal appartient à cette rare catégorie d'artistes qui, en France, n'a pas cherché à poursuivre la « tradition du nouveau » sans pour autant s'éloigner d'influences issues du XXe siècle (il cite, par exemple, Constantin Brancusi et Donald Judd). Il a tenu à demeurer dans une posture qui est proprement idiosyncrasique, mais qui ne rejette pas ce que des créateurs qui l'ont précédé. Donc, ni moderne, ni postmoderne, il a adopté une démarche singulière, à la fois rigoureuse et libre dans la réalisation de ses oeuvres esthétiques.
Dans cet ouvrage, il a tenu à exposer à son lecteur ce qui se déroule entre ses pensées et ses réalisations telles que nous pouvons les voir. Il faut savoir qu'Éric Vassal ne travaille selon une grammaire plastique uniforme, passant sans cesse de la deuxième dimension à la troisième sans la moindre difficulté. Cela ne signifie pas qu'il s'oriente dans toutes sortes de directions. Il a opté pour différentes modalités plastiques qui lui permettent de développer des rêves qu'il entend jouer sans pour autant les faire s'affronter. Il entend avant tout engendrer une vision plutôt picturale et une autre plutôt sculpturale, mais sans jamais respecter les codes convenus de l'un et de l'autre. Il insiste sur le fait que ses déploiements dans l'espace ne constituent pas nécessairement un volume. Et puis il a recours à des techniques qui sont très éloignées les unes des autres. Il emploie aussi bien le graffiti que la transparence, la lumière que l'ombre, pour le donner que ces exemples.
Dans ces pages, il révèle tous les thèmes qui l'occupent et nous fait comprendre les thèmes centraux qui le motivent, comme la ligne brisée formant un parcours ou le souffle, autant de choses qui procurent à son art un caractère unique et déroutant. Il est rare qu'un artiste soit en mesure de développer les grands axes de son univers sans pourtant faire croire à un système très structuré. C'est plutôt l'inverse. Il se contente de parler des nombreux éléments qui lui consentent de forger toutes sortes de variations formelles qui sont la traduction de ses méditations. Cet ouvrage est un modèle du genre et je laisse le soin aux lecteurs d'en découvrir toutes ses digressions qui traduisent ce qui se formule au plus profond de son conscient et de son inconscient qui n'ont de laisse de s'échanger. Et il faut, à la fin, liore avec attention sees considérations sur le cinéma, qui tient une place notable dans son aventure artistique.
Gérard-Georges Lemaire
14-05-2026
 

Verso n°136

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