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30-04-2026
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Informaly Speaking, una grammatica universale, Maria Letizia Paiatto, Open Art, Prato, 218 p., 38 euro.

Grâce à un travail très judicieux et précis, la période l'art abstrait de la seconde moitié du XXe siècle révèle de très belles surprises avec des protagonistes qui nous sont en général inconnus. Depuis sa création, la galerie Open Art de Prato a démontré une qualité et une originalité dans ses choix. On a pu y voir des collages de Jiri Kolàr, un des plus grands artistes tchèques du siècle passé et des tableaux de Roberto Barni, peintre et sculpteur, admirable, toujours actif. Cette exposition qui a eu lieu en 2024 peut être qualifiée de muséographique.
En effet, cet impressionnant parcours n'a pas l'ambition de résumer l'art abstrait de l'après-guerre (d'autant plus que les plus célèbres artistes américains n'y sont pas inclus), mais plutôt de tracer les grandes lignes de ce qu'a pu être l'esprit de l'art abstrait en Italie et dans le reste de l'Europe sans avoir la prétention de fournir un panorama complet. Le plus intéressant dans cet événement est d'abord de montrer ce qui a été important, mais aussi de ce qui n'a pas été pris en considération. Pour ne prendre qu'un seul exemple, le peintre Paul Jenkins, né en 1923 à Kensas City dans le Missouri, étudiant à L'Art Students League à partir de 1948, et finissant par utiliser à son tour la technique du dripping, qui a travaillé surtout à Paris et que la galerie représente à l'heure actuelle, à commencer par Afro, Alberto Burri, Osvaldo Licini, Jean Dubuffet, Toti Scialoja, et aussi bien d'autres créateurs qui n'ont pas eu une destinée si glorieuse.
On découvre ainsi dans ce riche ensemble des figures intéressantes comme Walter Fusio Paolo Scheggi, qui méritent plus de considération. Grâce à un travail méticuleux et précis, il nous est donné de découvrir des-créateurs qui nous sont généralement inconnu. De la sorte, l'histoire de l'art moderne peut être retouché (il ne s'agit pas ici de renverser les valeurs instituées). Gérard Schneider et Lépold Survage voisinent avec Ben Nicholson. Une section qui est réservée aux collages met en avant les réalisations de Jiri Kolàr. En somme, tout historien d'art digne de ce nom se doit de se plonger dans ce catalogue qui est une mine fabuleuse, tout comme l'amateur qui doit sans cesse revoir ce qui mérite d'être collectionné ou, en tout cas, apprécié.




Plasmare l'idea, sculturi e scultori oltre il XX secolo, Beatrice Buscaroli, Open Art Gallery, Prato, 154 p., 35 euro.

L'idée est ambitieuse et donc passionnante : tenter de faire un tour d'horizon subjectif de la sculpture européenne depuis une centaine d'années. Mais sans cependant vouloir embrasser la totalité de la question, ce qui serait d'ailleurs absurde. on peut voyager dans le temps et l'espace de diverses esthétiques, comme celles de Luigi Mainolfi ou de Giuseppe Maraniello, de Giuseppe Spagnulo ou de Marino Marini. D'autres nous sont plus ou moins inconnus, comme Quinto Ghermandi ou encore Beverly Pepper. Il est indispensable de remettre en jeu ses connaissances et de reconnaître aussi son ignorance. Même la hiérarchie qui a été établie entre les différents artistes doit continuellement repensée. Ce précieux catalogue, bien documenté, nous ouvre largement les portes d'une perception renouvelée de l'art sculptural de ces derniers temps.
Bien sûr, il n'y a pas ici les plus grands noms quasiment totémiques de la sculpture de la fin de l'ère moderne, que ce soit Alberto Giacometti ou John Calder. Quoi qu'il en soit, cette sélection est faite pour réhabiliter certains des être qui ont voulu travailler la pierre, le bois ou tout autre élément en employant un langage novateur. Et l'on peut également faire la découverte de Bruno Innocentino Bruno Annunciante, qui ont travaillé dans le sens d'un néoclassicisme à la fin des années trente. Et Emilo Greco, bien que figuratif, parvient encore à nous toucher avec sa Figure de mère à l'enfant datée de 1957.




Hans Hartung, Ilaria Porotto, Galleria Delupi, Milan.

Avec discrétion, mais toujours avec un souci de présenter aux visiteurs des pièces de qualité, la galerie Delupi a organisé une très belle exposition de Hans Hartung en 2019. Il en reste un catalogue remarquable.
Hans Hartung est né à Leipzig ena 1904. Puis la famille se déplace à Bâle. Enfant, il construit un télescope et dessine beaucoup. Quand la guerre éclate, la faille retourne à Leipzig et son père, qui est médecin, est nommé à l'hôpital militaire de Dresde. Au lycée, l'enfant se passionne pour les sciences naturelles. Il commence à s'intéresser à l'histoire de la peinture, aimant surtout Rembrandt, Goya, Frans Hals et El Greco. Plus tard, en 1921, il est conquis par l'expressionnisme allemand - surtout par Emil Nolde et Kokoschka. Entre 1922 et 1924, il exécute des compositions sur papier. En 1924, il s'inscrit à l'Akademie für Graphische Kunst und Kunstgewerbe de Liepzig.L'année suivante, il entre à l'Akademie der Kunst de Dresde.L'exposition internationale de la ville lui offre l'occasion de découvrir les impressionnistes français les cubistes et les fauves. En 1928, il étudie à l'Academie de Munich. Puis il décide de s'installer à Paris. Il y rencontre une artiste norvégienne, Anna-Eva Berman qu'il épouse en septembre 1929. Il retourne à Dresde en 1930 pour préparer sa première exposition personnelle à la galerie Heunrich Külh. En 1932, il participe à une exposition collective à Berlin à la galerie Fleichteim. Puis il se rend à Oslo pour exposer avec son épouse. En 1933, le coule prend la décision de s'installer à Minorque. Il participe à l'expostion « Twentieth Century German Art » aux Burlington Galleries de Londres contre l'esthétique nazie.
En 1939, il est arrêté à Paris et interné au stade de Colombes . Il s'engage dans la Légion étrangère et va combattre en Algérie, pui s'enrole de nouveau en 1943. Il est naturalisé français en 1946. Il a sa première exposition personnelle à la galerie Lydia Conti. Il est très bien accueilli par de nombreux confrères. Dans une certaine mesure, il a incarné cette seconde École de Paris et son étoile n'a jamais pâli. La dynamique gestuelle de ses créations demeure sans aucun conteste une des formes les plus séduisantes de ce monde picturale qui a surgi avec éclat tout de suite après la dernière guerre.




The Italian Vision, Delupi Arte, Milan.

La galerie Delupi a choisi de proposer à ses visiteurs un périple dans l'histoire de l'art italien de ces dernières décennies. Il n'a pas été question de faire une somme, mais plutôt de montrer des ouvrages qui ont marqué leur époque et qui continuent à demeurer iconiques. Bien sûr, je doute que Valerio Adami et qu'Enrico Baj puissent résister à l'épreuve du temps. Je dirai de même pour le sculpteur Arnaldo Pomodoro qui a envahi toutes les places ce Milan ! Mais les oeuvres de Carla Acardi (ici, avec le superbe Turchese arancino), de Mario Schifano (sans titre de 1964, dans sa brève veine abstraite), Alighiero & Boeti, Lucio Fontana, pour ne citer que ceux qui sont les plus célèbres désormais, aux côtés de Salvatore Scarpita, de Giani Colombo, d'Enroco Castellani et d'Agostino Bonalumi. La question n'est pas de juger les choix fait par la galerie, mais plutôt de se remettre (ou de se mettre) dans l'atmosphère d'une époque qui, dans la péninsule, n'a pas été désolante, tout au contraire. Et puis j'ai été heureux de trouver dans cette sélection un beau tableau de Giuseppe Santomaso, avec lequel j'aimais tant bavarder à Venise.
Gérard-Georges Lemaire
30-04-2026
 

Verso n°136

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