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[visuel-news]
11-06-2026
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La chronique de Gérard-Georges Lemaire |
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| Chronique d'un bibliomane mélancolique |
Le héros des femmes, Adolfo Bioy Casaraes, traduit de l'espagnol (Argentine) par Françoise Rosset, « Pavillons porches », Robert Laffont, 280 p.
Un champion fragile, Adolfo Bioy Casares, traduit de l'espagnol (Argentine) par Eduardo Jiménez, 128 p.

Né en septembre 1914 à Buenos Aires, mort en 1999 dans cette même ville, Adolfo Bioy Casares est le fils d'un riche propriétaire terrien d'origine béarnaise. Il a grandi dans une famille particulièrement cultivée. IL fait ses études supérieures à l'université de Buenos Aires. Il a le goût de l'écriture très tôt : à onze, il écrit un récit Iris e Margarita. Son premier roman L'Invenzione di Morel, qui paraît en 1940 et connaît un certain succès (il sera adapté au cinéma par Emidio Greco en 1974). Plutôt prolifique, il compose des romans et aussi de nombreuses nouvelles. Il fait la connaissance de Jorge Luis Borges en 1932 par l'intermédiaire de la soeur de son épouse (Silvina Ocampo), Victoria Ocampo. Les deux hommes font plus que de se lier d'amitié : ils écrivent dès lors des nouvelles en commun qui constituent un corpus impressionnant (ces textes ne figurent pas dans l'œuvre complète de Borges dans la collection de « La Pléiade » chez Gallimard, va savoir pourquoi... C'est quasiment la moitié de ce qu'il a pu produire ! Bioy Casares choisit de prendre un pseudonyme dans ces situations, Honorio Bustos Domecq. Le jeu tient une large place dans ces collaborations, mais il n'en reste pas moins la manifestation d'une grande ambition littéraire. Par ailleurs, il a publié des pièces de théâtre, des journaux de voyage, des journaux intimes, des anthologies, des journaux intimes, des essais. Ce travail considérable lui a valu plusieurs distinctions.
Il a sans doute de nombreux points communs avec Borges. Mais il y a aussi des différences marquées, ayant plus souvent recours à la littérature populaire, au roman policier, alors que Borges aime jouer avec la grande histoire et avec la culture, ayant aussi un penchant appuyé pour la politique de l'Argentine qui ne manque pas de singularités qu'on peut regarder sous un angle romanesque. Ils se complètent à merveille, et leurs ouvrages écrits en commun peuvent être regardés comme de petites merveilles.
Dans le premier livre réédité ce jour, Le Héros des femmes, paru la première fois en Argentine en 1975, traduit en français la première fois en 1982, est d'abord la mise en scène du rapport entre les hommes et les femmes dans la mythologie de l'héroïsme telle que les écrivains nous l'ont transmise depuis les temps antiques. Je partirai de la seconde nouvelle, « Une autre espérance », où le personnage principal décide d'aller travailler dans une clinique de la douleur. Ce choix peut laisser rêveur. Le directeur de cette institution est reconnu pour ses grandes qualités scientifiques. Cependant quelque chose d'étrange semble y avoir lieu. Peut-être une conspiration, l'amorce d'un coup d'État ? En réalité, on s'active beaucoup pour obtenir une fourniture d'électricité plus abondante. Il y a bien aiguille sous roche, mais exclusivement pour le bien de la clinique, de ses patients et de ses praticiens.
En fait, les récits de Bioy Casares sont souvent assez évanescents et presque onirique. Si l'arrière-plan est souvent des plus réalistes (c'est un piège qui est tendu au lecteur), il n'en reste pas moins vrai que leur déroulement a quelque chose de déroutant. Ils peuvent être labyrinthiques et presque oniriques - il est délicat de faire la part des choses. Et puis on passe subtilement d'un registre à un autre, de la description d'un quartier ouvrier au décor d'un film policier. « L'Inconnu attire la jeunesse » en est l'exemple parfait. A ce point, on se rend compte combien le lecteur que nous sommes aussi est un des artisans de la narration, de ses rebondissements, de ses surprises et de ses sinuosités. Du monde de l'expérience commune, il parvient à extraire quelque chose d'un peu fabuleux qui rejoint le roman fantasmagorique. Ce qui semble une évidence se change en quelque chose d'étrange. C'est ce qui transparaît dans « Une passagère de première classe », qui n'est au fond qu'une simple description d'une réalité bien établie, celle de la différence des richesses et des rôles. C'est souvent un léger décalage qui fait tout chavirer et fait entrer l'histoire dans une sorte d'irréalité, comme par exemple les petites pierres de l'allée dans « Le Jardin des rêves » où les petites pierres de l'allées sont en réalité des livres minuscules en verre. À partir de là, plus rien n'est vraisemblable. Le narrateur avait rencontré une jeune fille prénommée Luz et avait pris un verre avec elle. Mais elle dut rapidement le quitter, lui donnant rendez-vous le soir en un lieu mystérieux.
Le jardin où ils se retrouvent paraît un jardin comme un autre à quelques infimes détails près, qu'on ne discerne pas à première vue. Comme quoi, chez lui, le réalisme est toujours plus ou moins magique. On le lit comme on lirait un magazine ou un feuilleton, mais on doit se rendre à l'évidence, tout ce qui sort de sa plume échappe à l'expérience ordinaire sans pour autant s'en détacher tout à fait. C'est là son secret d'écrivain. « Le Héros des femmes » est l'exemple même de la fabrication de ses ouvrages de fiction, ui mélangent différents genres sans pudeur et avec un sens affuté de l'ironie. Le plaisir qu'on prend à le suivre dans des aventures souvent rocambolesques tient à ce savant dosage entre la littérature populaire et la grande littéraire qui est d'ailleurs le plus souvent mise en minorité. L'envie ne nous manque pas de nous faire piéger.
Un champion fragile voit le jour tardivement, en 1993. Et il paraît pour la première fois en français. Ce n'est pas un roman à proprement parler, mais une longue nouvelle qui possède les caractéristiques de celles qu'il avait composées au préalable. L'histoire tient en quelques mots : deux hommes montent dans un taxi de Buenos Aires. Le professeur assis à l'arrière avec son assistant faire prendre une potion au chauffeur, Luis Angel Morales, alors qu'ils sont montés dans une chambre d'un grand hôtel, qui est dès lors doté d'une force surhumaine. De là découle une histoire abracadabrante avec des épisodes plutôt comiques. Il se distingue désormais comme sauveur de femmes en danger. L'humour qui se dégage de ces séquences qui ont lieu dans les rues de la capitale argentine est digne d'un comic strip. Mais conçu avec un sens très prononcé d'une littérature dévoyée à dessein. C'est là un divertissement qui est en même temps un révélateur de la vérité de cette ville tentaculaire (la moitié de la population de l'Argentine y vit). Impossible de ne pas succomber à son charme un peu suranné et, en fin de compte, assez sophistiqué derrière ses apparences burlesques.
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Gérard-Georges Lemaire 11-06-2026 |
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| Verso n°136
L'artiste du mois : Marko Velk
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POUR UNE AUTRE PHOTOGRAPHIE…
Esther Ségal
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