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02-04-2026
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La chronique de Pierre Corcos |
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| Dans leur monde... |
La chronique de Pierre Corcos
Dans leur monde...
Pierre Corcos corcos16@gmail.com
N'ayant pas plus accès au mouvement qu'à la parole, le photographe en revanche, par la mimique, l'attitude, le vêtement, l'entour ou des objets-signes, peut-il nous signifier quelques vérités psychosociologiques sur ses modèles ? Un Richard Avedon (cf. Verso Hebdo du 12-6-2025) présente la vérité sociale de ses personnages dans leur habit ordinaire ou de travail ; un August Sander (cf. Verso Hebdo du 5-4-2018) s'imaginait trouver une inscription psychologique et professionnelle sur le visage judicieusement photographié ; un Yousuf Karsh croit saisir dans une attitude emblématique quelque « vérité » d'une personnalité célèbre, mais confirme surtout les présupposés que nous avions sur elle ; un Steve McCurry (cf. Verso Hebdo du 12-5-2021) nous propose de beaux portraits expressifs de personnages du monde entier dans leur cadre de vie, etc. Au final s'agit-il vraiment de saisir un modèle et une vérité émanant de son rapport, médiatisé, à son monde ? Ou bien plutôt de jouer avec cette recherche supposée ?
L'immense Henri Cartier-Bresson (1908-2004), qui voyageait dans le monde entier, parcourut l'Europe souhaitant faire un portrait (mais lequel ?) de ceux qui habitaient cette Europe. Ces portraits furent réunis dans un livre, à l'éblouissante couverture picturale de Joan Mirò, publié en 1955 chez Verve : Les Européens. Ils donnent lieu à une intéressante exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson (jusqu'au 3 mai 2026). Ce n'est pas de la photo de tourisme ni seulement un photoreportage... Lorsqu'on a pour ambition de montrer par la photographie la spécificité de chacun des peuples européens, reste-t-on prisonnier du cliché, au sens de stéréotype, ou révèle-t-on autre chose en fait ?... Déjà une habileté de Cartier-Bresson consiste à varier sans cesse les éléments significatifs supposés désigner une ou la singularité de tel ou tel peuple. Toujours avec des personnages sur la photo, c'est un instrument de musique traditionnel qui nous parlera des Géorgiens, un costume des Espagnols, un élément archéologique des Grecs, un lieu emblématique des Anglais, etc. Mais si le tricorne désigne tout de suite la police espagnole des années franquistes, en quoi cette réunion d'élégantes vêtues de noir et serrées dans une pièce nous parle de Hambourg ?... Quand on observe cette étrange armée d'ecclésiastiques avec leur col carré et leur chapeau rond avancer sur une route déserte bordée de montagnes (Burgos, Espagne, 1953), on pressent que le véritable propos de Cartier-Bresson n'est pas plus de faire œuvre d'ethnographe que d'historien ou de documentariste, mais bien plutôt d'utiliser ce motif des Européens pour fixer géométriquement un instant dans un espace donné, et surtout pour témoigner du choc générateur d'une émotion. « S'il n'y a pas d'émotion, s'il n'y a pas de choc, si on ne réagit pas à la sensibilité, on ne doit pas prendre une photo, c'est la photo qui nous prend », disait Cartier Bresson. La dimension culturelle, géographique et/ou historique (l'Europe d'après-guerre) joue ici un rôle d'accroche informative ; mais la saisie de tous ces personnages dans leur monde reste une occasion esthétique de mettre en tension formelle les éléments de la photo.
Dans l'exposition American Images (jusqu'au 24 mai 2026 à la Maison Européenne de la Photographie), la première grande rétrospective consacrée à Dana Lixenberg, une photographe néerlandaise née en 1964, le « portrait » s'impose, puisqu'il s'agit autant de figures célèbres que de personnes marginales, mêlées, le tout devant composer « un portrait pluriel de l'Amérique contemporaine » (sic). Comment toutes ces photographies, commandes pour la presse ou même projets personnels, majoritairement des portraits s'arrêtant au buste, peuvent représenter en une mosaïque l'Amérique contemporaine, là est la question... Bien sûr sa série de portraits entre 1993 et 2003 (Leonard Cohen, Allen Ginsberg, Jay-Z, Kate Moss, Iggy Pop, etc.) évoque, auprès des visiteurs de certaines générations et ayant la culture adéquate, toute une période et suscite des représentations générales, par associations, de l'Amérique. Quelques photos de travailleuses du sexe au Nevada, d'une femme condamnée à mort au Texas ou de participants à une réunion religieuse en Floride complètent un ensemble qui demeurera toujours lacunaire pour achever le tableau d'ensemble. Une autre série, Jeffersonville, Indiana (1997-2004), montre la diversité des personnes rencontrées dans un foyer d'accueil à la frontière du Kentucky aidant des personnes et des familles sans logement. Mais pas plus cette série que The Last Days of Shishmaref (la communauté Inupiaq de ce village isolé d'Alaska) ou bien les innombrables photos au polaroid témoignant de rencontres, très variées, sur près de vingt ans, ou encore Imperial Courts (assez beaux portraits en noir et blanc, composés à la chambre grand format, d'habitants de la cité d'Imperial Courts) ne peuvent bien sûr offrir un portrait de l'Amérique contemporaine... C'est qu'une fois encore le véritable enjeu est ailleurs : en saisissant Jay-Z bâillant dans une chambre d'hôtel ou le rappeur Biggie comptant une liasse de billets, Dana Lixenberg cherche surtout une relation aimante forte, même si éphémère, avec des modèles en tous genres pris dans leur niche à un instant supposé de vérité. Il en restera ces grandes photographies chatoyantes et piquées, témoignage d'une empathie momentanée, d'une effraction bienveillante dans leur monde.
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POUR UNE AUTRE PHOTOGRAPHIE…
Esther Ségal
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