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[visuel-news]
18-12-2025
La chronique
de Pierre Corcos
Furies photographiques
Dans la notion de « furie », cette colère extrême, on trouve bien entendu un puissant mouvement hors de soi. C'est l'émotion - e(x)-motio - pure, démesurée... Comment cette fureur explosive pourrait-elle rencontrer l'acte photographique, qui est déjà médié par un appareil et reste une démarche de maîtrise ? L'exposition de Marie Quéau, Fury (Le Bal, jusqu'au 8 février 2026) tente de répondre à ce paradoxe par une installation. La photographie, en noir et blanc saturé ou en couleurs vives, mais aussi des vidéos et films y occupent une large place, sans toutefois épuiser les différents aspects d'une émotion qui aspire à la jouissance dionysiaque (on pense à la série des Colères d'Arman) ou alors se dissipe en retombées navrantes ... Avec un brin de perplexité, le visiteur découvre à cette occasion « ces espaces symptomatiques du 21ème siècle qu'on appelle fury rooms. Thématisés selon l'origine et la nature de la colère (une peine de coeur, le travail, la politique), on les loue pour étancher une soif de destruction et vérifier son pouvoir cathartique » (Guillaume Blanc-Marianne, dans le livre-catalogue de l'exposition). Nous nous trouvons là au coeur de la notion. Comme avec ces images d'acteurs en transe dans des studios, ou cette éclatante photo de flammes ou encore ce film, au début de l'exposition : une rapide et impétueuse succession d'images-choc... Très fort. Mais d'autres photographies et/ou vidéos étendent la notion de « furie », pourtant assez riche déjà par ses multiples apparences, à celle d'« états extrêmes » (exemple des apnéistes en immersion statique), également à celle d'exercices physiques intenses (photos de cascadeurs défenestrés), à celle de « protection » contre un type de furie (tenues protégeant du feu), etc. Bien qu'ils soient revendiqués, « ces univers disparates » courent le double risque de diluer le concept et d'égarer le visiteur. La jeune lauréate du Prix Le Bal/ADAPG de la Jeune création 2025 a sans doute voulu trop signifier, comme c'est souvent le cas des oeuvres à leurs débuts. En plus l'esthétique de l'installation reste délicate à maîtriser.

Mais la furie peut vouloir dire la frénésie que l'on apporte à ses actions, ou la violence avec laquelle on ressent quelque chose... On perçoit cette sorte de furie dans l'étonnante exposition Polaraki - Mille polaroïds d'Araki Nobuyoshi (jusqu'au 12 janvier au Musée Guimet).
On le sait, le polaroïd (un procédé inventé par Edwin Land) c'est la photographie à développement instantané, en petit format carré et en couleurs. Magique, quand elle surgit de sa petite boîte... On peut être tenté d'en faire énormément, de manière compulsive. « Geste quasi quotidien, au service d'une pulsion scopique et érotique » (sic), les polaroïds d'Araki (né en 1940), ce photographe japonais prolifique (et vite taxé d'obsédé) ont été réalisés entre 1997 et 2024, exposés dans des galeries françaises et japonaises puis largement acquis par un collectionneur, Stéphane André, qui s'est follement passionné pour ces polaroïds, au point d'en avoir décoré tout son appartement ! En mai dernier il les a offerts au musée. Et ils sont enfin visibles actuellement par le public (avec une interdiction aux moins de 18 ans « en raison de leur caractère sexuellement explicite »). Voilà donc 43 colonnes composées de 9 cadres disposés côte à côte et du sol au plafond (dommage, parce qu'on ne peut pas tous les voir), et dans chaque cadre 1, 2, 3 ou 4 polaroïds selon des associations percutantes, imaginées en partie par Araki, en partie par le collectionneur. Cette frénésie, cette furie photographique (mille polaroïds !), notre regard occidental pourrait l'interpréter comme un rituel exorcisant le mystère/sexe féminin, en même temps qu'un besoin de l'intégrer à d'autres ensembles... Voilà des sexes féminins comme des fleurs entre des cuisses ouvertes, des fleurs comme des sexes féminins générés par la nature, mais on trouve aussi bien des visages troublants, le curieux chat du photographe, de la nourriture, etc. Une composition apparemment disparate et des associations qui semblent bizarres, incongrues... Mais, à y regarder de plus près et en s'armant de références, voilà qu'une sensibilité panthéiste affleure. Ce qui n'est pas étonnant quand on songe au shintoïsme japonais. Japonais également cet érotisme obsessionnel, si on l'inscrit dans la longue tradition des estampes érotiques (shunga), peut-être aussi ce ligotage des femmes (hojojutsu, kinbaku, arts traditionnels au Japon du « bondage »). Mais la dimension patrimoniale, l'héritage culturel ne rendent pas totalement compte de cet acharnement photographique... Allons donc plus loin : Araki est une figure majeure au Japon de ce courant appelé shi-shashin (photographie du Je). C'est dire (n'en déplaise aux censeurs et puritains) que l'aveu permanent par le biais de la photographie de ses thèmes personnels obsédants - qui autrement resteraient confinés dans le for intérieur de l'artiste mais n'en existeraient pas moins - constitue la substance, risquée socialement, de la production. Et cet aveu se cultive en cherchant ses lignes de fuite (devenir-fleur, devenir-animal).
« On ne devient pas pervers, on le demeure », écrivait Freud. Comme pour prolonger ce constat par le biais de la « sublimation », Cocteau conseillait : « Ce que le public te reproche, cultive-le, c'est toi ». Et Araki a sublimé la rage de sa pulsion voyeuriste en furie photographique.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
18-12-2025
N-B : Cette chronique hebdomadaire marque une pause de trois semaines pour les fêtes de fin d'année, et reprendra le 15 Janvier.

Meilleurs voeux par avance !
 

Verso n°136

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