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12-02-2026
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Scènes endormies dans la paume de la main, Yôko Ogawa, traduit du japonais par Sophie Refle, Actes Sud, 288 p., 22 euro.

Yôko Ogawa (de son vrai nom Hongö) est née en 1962 à Okayama. Elle s'est forgée en consistante culture livresque, surtout américaine, mais elle a aussi un penchant pour Marguerite Duras. Elle a aussi apprécié les livres de Murakami. Mais elle a surtout apprécié au plus haut point Tanizaki et Kawabata, auteur dont elle peut revendiquer la paternité bien qu'elle ait conçu son écriture dans une voie différente. Elle a été diplômée de l'université Wasada. Elle a commencé à écrire assez tôt et en 1988 le prix Kaien lui est attribué pour son premier recueil de nouvelles, La Désagrégation du papillon. Peu après, elle a remporté le prix Akutagawa en 1990 pour La Grossesse. Sa riche production est une singulière symbiose entre la littérature classique et la littérature contemporaine car enne n'a jamais voulu s'enfermer dans une forme conventionnelle ni dans un modernisme excessif. C'est d'ailleurs ce qui fait tout le charme de son art, car elle affirme une singularité profonde dans un univers romanesque très riche de son impressionnante tapisserie.
Ces Scènes endormies le démontrent amplement. Ces huit récits qui touchent des arguments très différents, ont en commun de reposer sur des principes similaires : le mélange des genres, la transformation de l'histoire en pièce de théâtre, accentuant la perte de la limite entre la veille et le sommeil avec son cortège de rêves et de fantaisies. Elle est en mesure de transformer une assez banale situation, vernaculaire en diable, en des extrapolations irréelles. Cette interaction incessante entre deux dimensions incompatibles de notre expérience est la plupart du temps un prétexte sans grandeur, même plutôt issu d'une sorte de représentations torve du quotidien sans relief qui, sous sa plume, se change en une saga ou une grande tragédie.
Il n'y a aucune emphase dans son écriture, mais une propension bizarre à donner à ses petites chroniques théâtrales un poids et un volume saisissants. En sorte que nous autres, pauvres comment orienter notre jugement. C'est sans compter, pauvres lecteurs que nous sommes, ne savons pas-comment orienter notre jugement. Et c'est sans compter sur cette poésie qu'elle insinue dans ces petits spectacles insolites.




Mademoiselle Christina, Mircea Eliade, traduit du roumain par Claude Levensson, L'Herne, 272 p., 19 euro.

Mircea Eliade (né en 1907 à Bucarest et décédé en 1985 à Chicago, est devenu célèbre pour son imposante connaissance de l'histoire des religions (son premier livre avait été consacré au yoga et avait été publié en 1933). Connaissant un bon nombre de langues, il avait aussi étudié la philosophie dont il était diplômé (il s'est intéressé à Socrate et au platonisme, entre autres choses) ; son arc de recherche n'a jamais cessé de s'élargir. Ses travaux ont eu une reconnaissance dans le monde universitaire et il a obtenu une chaire à l'université de Chicago.
Il a aussi une oeuvre littéraire qui, elle, est assez méconnue en France. Il est possible que ses opinions politiques l'aient desservi (il a été membre de la Garde de Fer, mouvement virulent d'extrême-droite et antisémite qui s'est développé avant la dernière guerre) ou alors que cette attirance pour les thèmes fantastiques l'ait éloigné de l'esprit des lettres de la seconde moitié du siècle dernier. Son premier roman, La Nuit bengali a été publié en 1933. En tout cas, son oeuvre littéraire est abondante. Quant à la présente fiction, écrite en 1935, elle a été publiée en France par le même éditeur déjà en 1978. Il faut reconnaître que cet ouvrage n'est pas banal car, s'il a composé dans une forme somme toute assez classique, elle se distingue par l'étrangeté de son sujet qui se rapproche du roman classique (il a déclaré être un admirateur d'Honoré de Balzac), il a aussi introduit des éléments qui brisent les frontières du réalisme.
L'histoire se déroule dans la campagne roumaine au sein d'une demeure cossue. Un peintre, Egor Paschievici, est appelé pour venir faire un portrait dans ce lieu perdu. Dans ce petit univers forclos, règne en maîtresse Madame Mosco. Bientôt l'artiste a des sensations curieuses, sent un parfum de violette dans sa chambre et il est de plus en plus convaincu qu'il y a une présence mystérieuse non loin de lui. Il apprend qu'il y a là le spectre d'une tante disparue, Christina. Une invraisemblable histoire d'amour se dessine entre lui et cette femme de l'autre monde. Cet amour est dévorant l'envahit. C'est alors un va-et-vient constant entre la réalité tangible et l'espace où évolue cette femme qui s'est épris de lui. Tout s'écoule dans une atmosphère irréelle et paradoxale, dans un huis clos étouffant où n'est introduit que le médecin de la famille et une domestique. Ce côté ambigu de la narration fait tout l'attrait de cette oeuvre où l'imaginaire ne cesse de saper la vérité de ces rapports humains et de ce décor suranné. Ce texte singulier a son charme encore de nos jours, même s'il nous entraîne dans les tréfonds d'un fantastique saturé de sensualité, de perte du sens commun et d'esprit morbide.




DÉ(&)TASSER Pour dire Il faut détasser Après le détassage, Julien Blaine, Fidel Anthelme, X, Marseille, 18 euro.

Iconoclaste en diable, Julien Blaine poursuite son oeuvre pléthorique de déconstruction des arts et de la poésie au-delà des termes du modernisme. Cette fois il a choisi un format hors norme pour montrer ce qu'il entend dans cette quête fébrile de cet au-delà de la production artistique devenue caduque. Il a réalisé une suite de « tableaux » (qu'il nomme partitions) où de grandes lettres sont dispersées sur la surface sur un fond coloré ou noir, toujours monochrome.
L'effet obtenu est néanmoins ambigu car ces grandes compositions ont une esthétique qui leur est propre même si elle est née d'une volonté de jeter à bas cette relation entre les mots et les plages colorées. C'est sans doute ce que notre auteur désire au plus secret de ses intentions : métamorphoser un dessein destructeur en une création qui est difficilement acceptable et, qui, surtout ne fait aucune référence directe aux grands moments de cette calligraphie vengeresse qui a traversé le siècle dernier. Plusieurs d'entre elles sont baptisées Traduire ? D'autres sont appelées Vaticination. A l'aide d'une autre technique ; il a choisi d'appeler sa chose Photographie du tas avant les semailles puis leurs empreintes. De telle manière qu'une vision tapageuse et sans loi finit par constituer un cheminement énigmatique en vue d'une reconstitution d'une sphère qui n'est plus seulement destructrice, mais est également une curiosité plaisante pour l'oeil et pour l'esprit.
Ainsi, Julien Blaine accumule dans ses empilements une contradiction soigneusement entretenue. Le regard est sans cesse en quête, dans la grande dévastation de la Terre, d'une beauté qui est le fruit de ses saccages et de ses cendres. Il allie les qualités de l'archéologue et du poète en partant d'un geste violent et négateur. Peut-être tient-il a nous faire comprendre que l'écriture, quand bien même poussée à ses ultimes limites, demeure malgré tout un viatique et aussi une clef pour pénétrer en des termes déconcertants ce qui fait de nous les monstres de cette humanité qui est emportée par la bourrasque de son histoire qui tend à cet au-delà du bien et du mal et qui a la faculté de contrer la laideur.
Gérard-Georges Lemaire
12-02-2026
 

Verso n°136

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POUR UNE AUTRE PHOTOGRAPHIE…
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Christophe Cartier

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