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La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Patrick Modiano, promeneur dans un Paris énigmatique
Gérard-Georges Lemaire


Patrick Modiano (né en 1945) est un écrivain difficile à cerner. Ses romans (même le dernier en date, La Danseuse) entraîne souvent son lecteur dans différents quartiers de Paris, se plaît quelques fois à le perdre, peuvent être considérés tels des réminiscences personnelles des promenades hasardeuses des surréalistes, mais tout en maintenant l'idée d'une histoire, qui elle aussi peut se diluer dans une sorte de néant sur la fin et donc ne pas nous donner le fin mot de son intrigue. Il a aussi eu une tentation pour des oeuvres polémiques, en particulier la première, La Place de l'Étoile. Paru en 1968 chez Gallimard, il a bien un narrateur, Raphaël Schlemitovitch, qui est l'ami de personnages douteux pendant l'Occupation, dont Maurice Sachs, juif, écrivain, ancien secrétaire de Jean Cocteau, qui a décidé de consacrer son existence à dénoncer des Juifs à la Gestapo et qui est mort dans des circonstances opaques en Allemagne pendant les derniers mois de la guerre. Notre héros ne vaut guère mieux. Il sert à tout cas à l'auteur à dénoncer les persécutions antisémites et le rôle du gouvernement de Vichy et de son chef, le maréchal Pétain. Il est le seul, à ma connaissance, à traiter cette question depuis D'un château l'autre de Louis-Ferdinand Céline, d'une rare virulence (publié en 1957).
Ce livre a suscité quelques prises de bec, mais a valu à Modiano la reconnaissance du monde littéraire puisqu'il a reçu deux prix : le prix Nimier et le prix Fénéon. Jamais personne n'a parlé avec tant de fougue et de morgue de ce pouvoir qui avait pactisé avec les nazis. Il imagine ensuite une littérature qui n'a lus rien à voir avec ces questions. Toutefois, il écrit avec Louis Malle le scénario de Lucien Lacombe et, en 1997, il écrit un très beau texte sur la destinée tragique de Dora Bruder, jeune fille juive disparue en 1941. S'il s'ingénie à lui attribuer une vie imaginaire, il tient surtout à ce qu'on se souvienne de l'une de ces innombrables personnes innocentes qui sont mortes à cause de leurs origines juives. Cet intérêt soutenu pour le drame des Juifs pendant la dernière guerre n'apparaît pas beaucoup dans sa prose, qui est presque toujours par le sens de la perte.
Modiano a reçu le prix Nobel en 2014. Cette haute distinction ne l'a pas éloigné dans un premier temps de sa manière d'écrire. Cependant, il a produit cette année un livre échappant à son univers : 70 BIS. Entrée des artistes. Cette fois, il abandonne ses fictions gyrovagues pour un travail qui a une résonance historique. Il y parle d'un lieu qui est le pivot de son enquête le 70 bis rue Notre-Dame-des-Champs où se trouve un local, « La Boîte à thé » et un certain nombre d'ateliers d'artistes. En somme, il a voulu dépeindre le Montparnasse dans le Montparnasse qu'a remémoré Ernest Hemingway dans Paris est une fête. On ignore quelle a été-la nature de sa collaboration avec Christian Mazzalai, qui est à l'origine de la riche documentation présentée dans les pages de ce volume. Du milieu du XIXe siècle à la Belle Époque, on découvre, de page en page, que des peintres y ont travaillé, de William Bouguereau à Jean-Léon Gérôme, plus tard de Monet à Renoir, et tant d'autres, Mais aussi des écrivains comme Théophile Gautier, George Sand ou Ivan Tourgueniev, des musiciens, tels Hector Berlioz ou encore Gioachino Rossini. Sans oublier les modèles et les collectionneurs. C'est absolument passionnant car on soulève le voile d'un quartier dont on ne parlait pas encore. Seul le Café de Versailles, en face de la gare Montparnasse, avec ses peintres venus de contrées nordiques au début, ont commencé à coloniser cette région jusque là peu étudiée car c'était alors la grande époque de Montmartre.
Avec de courts chapitres, Modiano et son complice nous entraîne dans cet immeuble et dans ses alentours pour y voir éclore la culture du Second Empire et du début de la Troisième République. C'est là une invitation à revoir son histoire d'un Paris dont on ne savait rien ! De plus, c'est écrit avec concision et limpidité avec le souci constant de révéler des personnages, certains mineurs, mais aussi des figures illustres, mythiques même, comme celle d'Ezra Pound qui y a eu son atelier où il a reçu James Joyce et T. S. Eliot. C'est un petit monument de science et d'anecdote, de découvertes surprenantes et de jubilation dans cette quête dans cette rue aujourd'hui si calme et si retirée.




Poèmes, Lord Byron, choisis par Florence Guilhot & Jean-Louis Paul, Éditions Allia, 126 p., 7, 50 euro.

Georges Gordon, baron Byron, en né à Londres en 1788. Il est envoyé à l'école Harrow de 1801 à 1805. Il y a connu son premier amour avec Miss Chaworth (il s'est souvenu d'elle dans un poème écrit en 1808). Il a fait ses études supérieures au Trinity College de Cambridge. Il y aurait eu des relations avec de jeunes camarades -, relations brèves, mais profondes et passionnées. Ses études terminées, il voyage longuement en Italie entre 1809 et 1811, mais qu'il doit quitter à cause d'une sérieuse agression. Il vit alors chez sa mère à Southwell, dans le Nottinghamshire. Il fait alors la connaissance d'Elizabeth Bridget Pigot avec laquelle il imagine de monter des pièces de théâtre avec l'aide de son frère.
Celle-ci l'aide beaucoup à s'engager sérieusement dans la voie de la poésie. Il achève un premier recueil, Fugitive Pieces, qui est imprimé. Il compose ensuite Hours of Idelness, qui est favorablement remarqué. Cela l'incite à poursuivre et il écrit alors, en 1809, English Bards and Scotch Reviewers, une oeuvre satirique qui lui a valu un certain nombre de polémiques avec ses contemporains. Il écrit ensuite quatre « contes orientaux », Le Giaour, L'Épouse d'Abydos, Lara et Le Corsaire, tous achevés entre 1813 et 1815. Le début (deux cantos) de Childe Harold's Pilgrimage a paru en 1812. Il a une attirance particulière pour les mondes alors lointains de l'Orient. Partant de Lisbonne, il se rend à Athènes puis rejoint Constantinople. Il découvre l'Hellespont. Cette attirance a aussi un lien avec la guerre d'indépendance des Grecs qui veulent s'émanciper du joug ottoman.
Entre 1814 et 1815, à l'initiative du compositeur Isaac Nathan, il signe les Mélodies hébraïques. Mais il est criblé de dettes et recherche une issue à sa situation peu enviable en songeant à se marier. Il finit par choisir Augusta Millbank avec laquelle il contracte un mariage. Ils ont une fille. Mais Byron n'en continue pas moins à avoir de nombreuses relations extraconjugales. Sa jeune épouse demande la séparation. Et n'ayant pu régler la question épineuse de ses dettes, jamais éteintes, il décide de partir à l'étranger. Avant de quitter l'Angleterre, où il ne reviendra jamais, il vend sa bibliothèque.
Il s'installa dans la villa Diodati au bord du lac Léman en compagnie de son médecin personnel, John William Polidori. Il se lie alors d'amitié avec le poète Percy Bysshe Shelley et son épouse, Mary. Claire Clairmont le rejoint (il avait eu une liaison avec elle à Londres). Il a également entretenu d'excellentes relations avec Germaine de Staël. Un long orage au cours du mois de juin a donné l'idée à ces écrivains de se défier en écrivain une histoire fantastique. Polidori écrit The Vampyre, inspiré par un fragment de Byron, Mary Shelley a pris la plume pour écrire Frankenstein, or the Modern Prometheus. Quand à Byron, il s'emploie à créer Mazzepa. Il ajoute un troisième volet à Childe Harold. Il va ensuite s'installer à Venise où il a une relation compliquée avec Margherita Cogni, qui est mariée, et Mariana Segati.
Il se lance alors dans des travaux d'érudition et des traductions d''écrits érudits concernant l'histoire de l'Arménie (cela a suivi sa visite au couvent de San Lazzaro degli Armeni). En 1817, il décide de s'installer à Rome. Deux ans plus tard, il est à Ravenne, où il reste jusqu'en 1821. Thomas Moore, son futur biographe, lui rend visite. Byron lui confie son autobiographie - avec son éditeur londonien, John Murray, il brûle ce précieux manuscrit en 1824. C'est là où, entre autres choses, il compose son Don Juan. Puis il prend la décision de vivre à Gênes en 1823, toujours avec Teresa Giuccioli, qui va le quitter. Il affrète un navire et se rend à Céphalonie pour soutenir les insurgés grecs. Il débarque à Missolonghi. Il meurt d'une fièvre après bon nombre d'aventures et de mésaventures au cours de son intervention dans ce terrible conflit. Il est embaumé et renvoyé en Angleterre. Mais les autorités refusent de l'enterrer à Westminster. Ce n'est que bien plus tard qu'un mémorial lui y sera consacré.
Cette petite anthologie donne la mesure de cette oeuvre poétique qui est l'une des plus importante de la première partie du XIXe siècle.
Soin existence rocambolesque l'a longtemps masquée ! En tout cas, elle permet de comprendre l'incroyable intensité de sa littérature.




Jacques-Louis David, Sébastien Allard, « Découvertes » Gallimard / musée du Louvre, 64 p., 11, 50 euro.

La grande exposition consacrée à l'oeuvre de Jacques-Louis David (né à Paris en 1748, mort à Bruxelles en 1825) permet de mesurer l'ampleur de sa recherche picturale. Ses débuts ont été marqués par une série d'échecs qui l'ont marqué profondément. Après avoir été au couvent de Picpus, il fait ses études au collège des Quatre Nations et sa famille le destine à l'architecture. Mais il veut devenir peintre. Il devient l'élève de Joseph-Marie Vien. Il obtient enfin le prix de Rome en 1775 et demeure cinq ans dans la Ville Éternelle.
Sur ces entrefaites, il expose son Serment des Horace (en 1785), à Rome avant de la présenter à Paris. Ce tableau lui vaut bien des éloges. Il devient académiciens en 1783, quand il signe La Douleur d'Andromaque sur le corps d'Hector. Il a rejoint le camp des néoclassiques dont le peintre le plus éminent est Ingres. Peu après la prise de la Bastille, il montre Les Licteurs rapportant à Brutus le corps de ses fils, qui renforce sa réputation. Il adhère aux idées radicales du club des Jacobins. Il est élu député à la Convention en 1792 et y vote la mort de Louis XVI. Il exécute le grand tableau de La Mort de Marat (1793). S'il s'affirme comme peintre d'histoire, il se révèle un grand portraitiste, rivalisant avec Madame Elisabeth Vigée-Lebrun. Il se caractérise par une grande pureté formelle, comme on peut le constater avec le portrait d'Anne-Marie-Louise Thélusson, comtesse de Sorcy, d'Émile Sériziat, de Pierre Sériziat et de Juliette de Récamier.
Il se fait remarquer par le projet du Serment du Jeu de Paume (1791-1792), jamais réalisé, Il est arrêté quand tombe Robespierre et le pouvoir de la Montagne et échappe de justesse à la guillotine. Il est emprisonné sept mois et est amnistié en 1795. Il poursuit alors sa recherche néoclassique. Les Sabines, en 1799 en sont l'expression la plus consommée. Sa réputation lui vaut d'avoir un grand nombre d'élèves - quatre cents dit-on, - dont François et Gérard - qui suivent ses pas (en tout quatre cents venus de toute l'Europe entre 1780 et 1816). Il a aussi les faveurs de Bonaparte à partir du consulat. Il fait plusieurs portraits de lui, est chargé de magnifier son couronnement en tant qu'empereur à Notre-Dame-de-Paris et peint aussi Bonaparte franchissant les Alpes. La fin désastreuse de l'Empire et la Restauration le contraignent à l'exil et il va se réfugier à Bruxelles. Il y trouve une clientèle nombreuse et fidèle. Il revient aux grands thèmes mythologiques, comme Amour et Psyché - son dernier tableau a été Mars désarmé par Vénus. Il exécute aussi de très beaux portraits. Il meut en exil en 1825 et le pouvoir royal refuse le retour en France de sa dépouille mortelle. Le problème est demeuré en suspens pendant de longues décennies. Charles Baudelaire a vanté son Marat en 1845 disant que « cette peinture était un don à la patrie éplorée, et nos larmes ne sont pas dangereuses. » Ce petit volume est une belle introduction à ce destin peu commun d'un artiste qui est devenu un modèle pour toute une génération en Europe. Il demeure l'un des grands créateurs de la période révolutionnaire à l'éphémère période impériale, oubliant même ses exactions politiques.
Gérard-Georges Lemaire
11-12-2025
 

Verso n°136

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