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  [Visuel-News]
25-06-2026

La chronique de Pierre Corcos
La photo à La Gacilly

La chronique de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Modigliani, biografia,tome VI - catalogue raisonné, Christian Parisot,<:nobr> Archives légales Amedeo Modigliani, 250 euro.

Christian Parisot (né en 1948), professeur à l'Institut d'Art Visuels d'Orléans, est devenu le directeur des archives légales Amedeo Modigliani en 1983. Jeanne Modigliani (née à Nice en 1918), avec laquelle il a eu une relation privilégiée, est décédée un an plus tard. Depuis sa nomination, il a accompli un travail considérable pour documenter et enrichir ces archives. Il a malheureusement été calomnié et attaqué par une grande galerie parisienne surtout par le biais d'un de ses séides et a dû faire front à plusieurs procès. Il a néanmoins écrit plusieurs livres sur l'artiste italien et a poursuivi le travail ingrat et indispensable du catalogue raisonné. Dans ce volume, il donne une version italienne, mise à jour, de la biographie qu'il avait déjà publiée à plusieurs reprises et qu'il ne cesse de compléter avec la plus grande minutie. C'est absolument passionnant car il a pris soin de faire disparaître toutes les légendes qui entourent l'existence de ce grand peintre et sculpteur. C'est devenu une légende, et bon nombre d'auteurs s'en sont emparée, parfois en bonne foi. Plusieurs films ont également diffusé ces histoires fanntasques. Il faut dire qu'il a été une des figures pittoresques de Montmartre et de Montparnasse. La maladie, qui s'était installée dans son corps depuis longtemps, est sans doute à l'origine de ses frasques et de ses excès. S'il n'était pas sans le sou, il dépensait son argent et se retrouvait sur la paille. C'est seulement pendant les dernières années de sa vie (surtout quand il est allé sur le Côte d'Azur) qu'il a commencé a avoir des revenus, par l'entremise de son marchand, Léopold Zborowski, grâce à sa peinture, qui commence à plaire alors que la Grand Guerre est sur le point de s'achever.
Le texte est illustré de nombreux documents et photographies jusque-là peu connus ou même inconnus. C'est absolument remarquable et j'ose croire qu'il y aura une édition française de cette biographie. Quant au catalogue à proprement parler, c'est un instrument de travail qui résume des décennies de travail et de recherche. On le sait : il y a eu et il y a encore bien des faux qui circulent et il faut toute la volonté et le courage de Parisot pour séparer le bon grain de l'ivraie (c'est d'autant plus difficile avec les dessins car Modigliani avait l'habitude de payer avec eux et bien de fois de les offrir à droite et à gauche). Les collectionneurs, les galeristes, les responsables des musées, les amateurs inconditionnels de Modigliani ne sauraient se passer de ce fort volume qui condense toute une existence consacrée à cet artiste avec une dévotion incontestable et un sérieux qui force le respect. Historien d'art dans l'âme, Christian Parisot a été traîné dans la boue à plusieurs reprises alors qu'il n'avait souhaité que poursuivre la quête de Jeanne sur un père qu'elle n'a pas connu. Il faut par conséquent lui rendre hommage et enfin saluer la valeur de ce qu'il a pu entreprendre avec tant de difficultés.




La Famille Aubrey, Rebecca West, traduit de l'anglais par Anne Marcel, « Pavillons Poche », Robert Laffont, 556 p., 12, 90 euro.

Au coeur de la nuit, Rebecca West, traduit de l'anglais par Sarah Idrissi, « Pavillons Poche », Robert Laffont, 424 p., 11, 90 euro.


Cecily Isabel Fairfield est née à Londres en 1892. Elle y est décédée en 1983. Son père est un journaliste indépendant, a participé à la guerre de Sécession dans le camp des confédérés, mais à son retour a été incapable de gérer les fonds familiaux et a quitté les siens. Sa mère est une pianiste de valeur qui a renoncé à sa carrière pour s'occuper de ses enfants. Cecily a choisi Rebecca West nom de plume. Elle a fait une brillante carrière journalistique et a écrit dans de nombreux et prestigieux périodiques anglo-saxons. Elle a eu une longue liaison (dix ans) avec le célèbre écrivain H. G. Wells (qui était marié) et ils ont eu un fils en 1914, Anthony, avec lequel elle a eu des relations tourmentées - celui-ci lui a fait retirer de la vente une fiction où elle parlait de lui. Elle s'est mariée avec un banquier, Henry Maxwell Andrews, en 1930, qui meurt en 1968. Elle s'intéresse de très près à la politique, en particulier à la révolution bolchevique, mais demeure attachée aux principes de la démocratie occidentale), est scandalisée par l'affaire Dreyfus et rejoint bientôt le camp des suffragettes qui militent pour les droits des femmes, et elle s'engage en ce sens sans réserve. Elle a publié sa première nouvelle dans la revue Blast (n 1) en 1914 et son premier roman paraît quatre ans plus tard (The Return of the Soldier). Elle fait des séjours fréquents aux Etats-Unis et s'y a fait de nombreux amis, dont Charlie Chaplin. Elle est vite reconnue comme une journaliste de talent et George Bernard Shaw la considère comme étant brillante. Elle publie régulièrement ses oeuvres jusqu'en 1936 et ne se remet à faire paraître des livres importants qu'à partir de 1956 avec Fountain overflows, début d'un grand cycle de caractère autobiographique (il faut tout de même souligner qu'elle a publié en 1941 un ouvrage fondamental sur la Yougoslavie, qu'elle a visitée en 1937, Black Lamb and Grey Falcon). Elle est roujoiurs considérée comme le plus grand écrivain féminin du XXe siècle, mais s'est bornée à composer ses ouvrages dans un esprit qui est encore celui du XIXe siècle, donc bien loin de Virginia Woolf et de ses amis (son succès s'est traduit par la remise d'une des plus grandes distinctions britanniques, Commander of the Order of the British Empire en 1949).
The Fountain Overflows, premier volume d'un " saga du siècle", a paru en Angleterre en 1957 et a connu un succès énorme. Il y est question d'une famille de la bonne bourgeoisie, mais pas des plus nanties. Le père de famille est un journaliste freelance, au caractère instable et même imprévisible. L'histoire débute quand il vient d'apprendre qu'il vient d'obtenir un poste fixe, ce qui est une nouvelle qui rend l'avenir plus serein. Sa femme, elle-même un peu excentrique, passe l'été dans leur nouvelle demeure dans la banlieue de Londres avec ses enfants. Elle a été une pianiste remarquable, mais elle a abandonné une carrière prometteuse pour s'occuper de sa famille. Deux de ses filles révèlent des dons pour le piano, alors que la troisième, Cordelia, n'a pas de disposition pour cet instrument vénéré par tous dans le cercle familial, semble tentée par le violon. Il y a aussi un petit garçon, le cadet, Richard Quin, qui doit trouver son rôle dans un monde fémini, car lle père est quasiment absent. C'est Rose qui raconte les faits et gestes des personnages, ceux de son cercle de famille et aussi ceux de leurs connaissances et de leur voisinage. Ce qui est frappant dans cet ouvrage énorme est l'absence d'une trame romanesque digne de ce nom. Cela ne signifie pas que ces pages ne sont pas riches d'événements et de situations frappantes. Mais, au fond, tout est perçu à travers le regard que Rose porte d'abord sur les personnes qui partagent son existence et tiennent donc à distance, avec un certain mépris, tout ce qui n'appartient pas à ce microcosme entièrement voué à l'art musical. Le lecteur est pris au jeu et se passionne vite pour ce clan et pour tout ce qui l'entoure. En sorte que le livre est une véritable plongée dans un univers qui est d'abord centré sur lui-même et qui voit le reste de la réalité à travers un prisme légèrement déformant, comme si toute vérité et toute existence digne d'être vécue se concentraient à l'intérieur de cette maison. Il faut reconnaître que c'est en l'occurrence un sacré tour de force qui est admirable car jamais nous ne sommes lassés ou ennuyés en le découvrant.
This Real Night, est le second volume de cette impressionnante saga. Il a été publié un an après le décès de l'auteur, en 1984. La chronique se poursuit cette fois pendant les années dix, donc après la disparition de la reine Victoria. L'entrée en guerre de la Grande-Bretagne y tient une place majeure. Les soeurs ont grandi et sont devenues des femmes à part entière. Là encore, malgré son peu de présence, le père joue un rôle prédominant. Il est devenu un joueur invétéré négligeant tous ses devoirs et il est bientôt question de vendre des tableaux importants qui ont fait la fierté de la famille. Cordelia, qui abandonne la musique quand elle est sur le point de se marier, s'occupe avec énergie de la vente de ces oeuvres pour sauver la famille d'un effondrement économique. Le cousin Rosamund prend alors une place de plus en plus prégnante au coeur de cette situation inconfortable. Richard Quin aspire à entrer à Oxford. Aucun de ces membres de cette famille en pleine révolution ne se rend compte que l'Europe est au seuil d'un conflit qui va se développer au-delà du concevable. La mort de la mère est un autre événement tragique qui brise les illusions de tout le monde. Bien plus que dans le premier tome, Rebecca West met en valeur la valeur des femmes et leur capacité à affronter les problèmes les plus épineux. Le déclin des Aubrey coïncide avec celui d'un pays qui se transforme complètement à cause de cette guerre mondiale qui a fauché une grande partie de sa jeunesse et qui doit désormais vivre selon d'autres règles. Cet ouvrage est très différent du précédent et révèle les engagements sociaux, moraux et politiques que l'auteur a pris pendant cette période douloureuse.
Gérard-Georges Lemaire
25-06-2026
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Verso n°136

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Christophe Cartier / Gisèle Didi
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"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com