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16-04-2026

La chronique de Pierre Corcos
Une exposition de circonstance

La chronique de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Le Bateau-feu, suivi de Fin de guerre, Siegfried Lenz, préface d'Isabelle Liber, traduit de l'allemand par Isabelle Liber, « Pavillons », Robert Laffont, 288 p., 17 euro.

Né à Lyckmars en Prusse orientale (aujourd'hui en Pologne) en 1926, est sans conteste l'un des plus grands auteurs allemands de l'après-guerre. Il a combattu à partir de 1943 dans la marine nationale. Cette expérience lui a inspiré ces deux récits qui ont en commun de développer des thèmes à la fois tragiques et métaphysiques. Fait prisonnier par les Britznniques, il leur ser de traducteur. Libéré, il s'inscrit à la faculté de philosophie de Hambourg. Il interrompt ses études et pour faire partie de la rédaction à Die Welt. Il en devient le rédacteur en chef entre 1950 et 1951. Et il commence à publier des oeuvres de fiction quoi connaissent un réel succès : Es waren Habichte à der Luft (Il y avait des courants d'air) en 1951 Duell mit dem Schatten (Duel avec Ombre), 1953, Brot und Spiele (Pain et jeu), 1959 Stadtgespräch (Discours dans la ville) 1963. Le recueil qui nous intéresse,Stadtgespräch) voit le jour en 1960.
Il reçoit de nombreux prix et figure raidement parmi les plus grands auteurs allemands. L'histoire du Bateau-feu est celle d'un navire stationnaire qui sert de repères aux autres navires, un peu comme un phare. Le capitaine de cette embarcation, Freytag, doit accomplit sa dernière mission. Il porte secours à ce qu'il croit être des naufragés. En fait, il s'agit de prisonniers qui se sont échappés et son embarcation est prise par ses voyous Le courageux capitaine s'efforce de rétablir le bon ordre, mais il est mortellement blessé. Fin de guerre, est l'aventure de l'équipage d'un dragueur de mines qui voit son équipage se mutiner à la fin de la dernière guerre. L'écrivain a su donner à ces deux événements une densité tragique et aussi une tonalité réaliste et vivante peu communes.




2025. Inachevé, Julien Blaine, Les Presses du réel, 336 p., 35 euro.

Julien Blaine, bien qu'il se plaigne du temps qui passe, inexorable, a conservé toute sa jeunesse. Cette récapitulation peut donner le vertige. Julien Blaine ne semble jamais devoir marquer une pause ou un instant de distraction. Il est toujours concentré sur ses obsessions ou sur les idées nouvelles qui lui traversent l'esprit. Et puis la gamme de ses observations est très vaste - cela va de l'écriture poétique (ou non) jusqu'à la photographie ou l'assemblage (et j'en passe !) J'ai commencé par évoquer le temps qui fuit car c'est sans doute le thème majeur de sa réflexion dans ce volume. Je peux comprendre qu'il ne soit pas satisfait de voir les jours passer sans retour possible.
S'il est évident qu'il ne se satisfait pas de cette plongée dans le grand âge, il parvient néanmoins, avec sa fougue et son humour (qui possède des graduations innombrables, du plus grossier au plus subtil) qui lui sont comme une seconde peau qui donne à sa démarche ravageuse une dimension qui procurent le vertige. Tout ce qui lui tombe sous la main peut servir son dessein. Les vieilles illustrations, les graphiques trafiqués, les graffiti de tous genres, sur les murs ou sur le papier, les photographies, seul ou avec des amis, de la peinture plus ou moins élaborée, des chiffres dont on ignore la signification, des grandes figures de la littérature (tel Victor Hugo, pour choisir le plus estimé de tous et le plus prolifique), des commentaires burlesques et des comparaisons avec des artistes connus, en bref, une somme incalculable de pages où notre auteur prolifique n'a de laisse de réciter ses mantras et ses prières déformées et dénaturées. C'est là son autobiographie, en accéléré, qui défile à une vitesse folle et qui utilise tous les instruments de la dérision et de la mise en demeure des idéaux de l'art. Tout chez lui est le fruit d'un manquement à la culture bien née et au bon sens. Il a recours aux méthodes les plus déroutantes et les plus insolentes pour vaincre le dragon de la beauté et de l'intégrité formelle. C'est un démolisseur, sans nul doute possible, mais un démolisseur qui bâtit en même temps la cathédrale de l'authentique crise existentielle qui ronge tout individu, quel qu'il soit.
C'est là un voyage terrible et hilarant pour qui sait qu'il est assis dans le train-fantôme de l'existence humaine et qui doit être prêt à voir venir à lui le mot « terminus ». Julien Blaine se joue de nous et se joue de lui comme auteur et comme créateur. Ce qu'il fait est contraire aux saintes lois de l'intelligence et de la sensibilité esthétiques. Foin des bons sentiments de l'écriture. Ici, nous dégringolons dans les enfers dantesques du sens et de la raison. Nous plongeons dans la piscine des thermes qu'il a réservés à nous, pauvres baigneurs, qui ne savons plus où nous en sommes. Et pourtant, il nous fait sourire et même rire (souvent) et il nous oblige ainsi à piétiner tout ce que nous avons adoré et cultivé. Ce fort volume est une véritable encyclopédie d'un Ulysse malicieux et même franchement grossier qui jette aux orties notre bon savoir et notre excellente conduite philosophique et grammaticale.
Bien sûr, il ne faut pas trop se laisser prendre au jeu de son ogresse sacrifice des valeurs suprêmes. Il existe un double, peut-être tout aussi maléfique et corrosifs de ce pisse-copie qui n'a plus de retenue morale ni d'appréciation des normes les plus respectables. C'est un voyou qui s'est changé en un dandy de la transgression à tout crin. Il a ainsi un côté baudelairien, mais qui, dans son acharnement malveillant contre tout ce qui devrait nous importer et être sanctifié, prouve qu'il a affaire avec ce qui est respectable et valorisant.
Oui, Julien Blaine joue un double jeu et révèle par ses actes sauvages et sacrilèges le raffinement de sa pensée, qu'il ne veut plus exhiber. Il cache bien son jeu, certes, mais il ne peut s'empêcher de laisser transparaître son bon fond et ses connaissances. C'est un poète de valeur qui s'est jeté dans le dernier cercle de la damnation dans cet immense éclat de rire tragique à la fois rabelaisien et ubuesque.




Massimo Arrighi, Claudio Spadoni, Mercato Centro Culturale, Argenta, 92 p

Ce n'est pas dans mes habitudes, car ce catalogue a paru en 2019. Mais comme Massimo Arrighi n'a plus fait d'expositions personnelles depuis 2009, j'ai jugé bon de lui rendre hommage en disant deux ou trois mots sur cette publication qui évoque l'essentiel de sa production picturale avant le changement récent de stratégie esthétique. De plus, l'exposition a eu lieu à Argenta, qui est sa ville natale, dans la région de Ferrare. Après une phase propédeutique d'inspiration figurative, il est assez rapidement passé à l'abstraction. Et à une abstraction assez radicale. Pour résumer les choses de manière assez synthétique, il a souvent disposé sur la toiles deux plans monochromes, qui s'opposent, mais n'engendrent pas un conflit violent. C'est plutôt une confrontation chromatique aboutissant à une harmonie allant au-delà de cette tension entre les plans colorés. S'il fallait le rapproché d'un peintre plus ancien et illustre, c'est le nom de Rothko qui me vient à l'esprit même si ses dispositifs et sa politique plastique ne sont guère comparables. Ses dispositifs ne cessent de varier, même les principes de base demeurent identiques. Il y a chez lui la volontéde faire nnaître une disparité entre une place colorée et une autre.
Il n'y a rien chez lui qui puisse faire songer à une visée spirituelle ou philosophique, mais ce n'est pas non plus une construction strictement formaliste. La géométrie dont il fait usage est d'une nature bien définie, mais laissant deviner des arrières plans métaphysiques. Rien n'est offert d'emblée dans ses tableaux. Si la définition des plans et de l'indice monochromatique est exposée de façon très claire, on ne peut pas être en mesure d'en soupeser la force et la puissance expressive. Comme Vassili Kandinsky, il établit des rapports de force fait pour exprimer une pensée qui se passe et des mots et d'une authentique grammaire visuelle déployant divers registres d'expérience et de connaissance. En fin dde compte, nous somme devant l'oeuvre en train de nous interroger, ne sachant pas quelle réponse donner en dehors de celle des sens qui sont la proie d'émotions et de délectations en dehors du mystère que la toile finalise tout en nous niant un accès au coeur de la création.
Et il ne suffit pas de parler d'instinct ou de parcours magique de quelque nature que ce soit. Notre oeil, notre esprit, et parfois d'autres sens et d'autres égarements sentimentaux peuvent s'imposer. Toutefois, l'énigme demeure. Aujourd'hui, quand on visite son atelier, on constate que sa peinture a évolué. Elle joue sur des épaisseurs plus marquées, et la ligne de partage entre les différents éléments de la composition sont sensibles tactilement. Ce souci nouveau d'exploiter la matière et de lui donner une place de premier plan dans une géographie plastique outre de nouvelles perspectives.
Cependant, il ne trahit as sa manière d'envisager ses tableaux. Il leur donne une autre consistance et, par conséquent, une autre signification sans toucher aux principoes de base dont nous avons parler.
Gérard-Georges Lemaire
16-04-2026
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