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[Visuel-News]
16-04-2026
La chronique de Pierre Corcos Une exposition de circonstance La chronique de Gérard-Georges Lemaire Chronique d'un bibliomane mélancolique
La chronique de Pierre Corcos |
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| Une exposition de circonstance |
Un long préambule sur l'histoire et la situation présente de l'Estonie, au regard du sens global qui fut initialement conféré à l'exposition d'arts plastiques Réalités estoniennes (jusqu'au 19 juillet au Musée d'Art Moderne de Paris), s'avère nécessaire. Et d'une urgente actualité.
Le plus septentrional des pays baltes a subi de nombreuses occupations et surtout de celles des Russes. Dès le 16ème siècle (avec Ivan le Terrible), aspirant à un débouché sur la Baltique, ceux-ci occupèrent Narva et Dorpat. Plus tard, conquise par Pierre le Grand (1710), elle fut cédée par la Suède à la Russie (traité de Nystad - 1721). Mais déjà, dès la fin du 19ème siècle, la politique de russification intense menée par Alexandre III rencontrait une opposition identitaire, marquée notamment par des écrivains (Kreutzwald, Liiv). À la suite de la révolution d'Octobre, le pouvoir soviétique fut instauré le 28 novembre 1917. Le traité de paix de Tartu est signé en 1920 entre la République d'Estonie et la Russie soviétique, malgré une guerre d'indépendance de deux ans contre l'armée bolchevique. De 1941 à 1944 l'Allemagne nazie envahit et occupe à son tour l'Estonie. Au retrait des troupes allemandes en 1944, les forces soviétiques s'emparent à nouveau de cette petite nation, malgré toutes ses tentatives de restauration de l'indépendance. Et de 1945 à 1991, la République Socialiste de Estonie devenait l'une des 15 subdivisions de l'URSS. Ce fut une période de lourde oppression, avec de nombreuses déportations... En 1988, par réaction contre les amendements à la Constitution décidés par Moscou, le Parlement estonien proclama héroïquement la primauté de ses lois sur celle de l'Union soviétique. En 1991 enfin l'Estonie gagna son indépendance au moment de la dislocation de l'Union soviétique. En 2004 l'Estonie intégrait l'Union européenne et l'OTAN. Aujourd'hui, depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, ce pays balte est confronté à une guerre hybride de la part de Moscou, notamment concentrée sur la ville de Narva, située à la frontière... La prochaine confrontation avec l'Europe commencera-t-elle là, en Estonie, maillon faible de l'OTAN face à la Russie impérialiste de Poutine ?
Organisée en partenariat avec la Fondation du Musée d'Art d'Estonie et l'ambassade d'Estonie en France, cette exposition entend mettre en valeur, dans un contexte actuel menaçant, la richesse de la scène artistique estonienne, et ce à travers la création de trois artistes estoniennes : Olga Terri (1916-2011), Anu Pöder (1947-2013) et Kris Lemsalu (née en 1985). Si le traitement du corps féminin semble être l'une des constantes dans l'oeuvre des trois artistes, c'est bien la présentation générale, orientée, et le commentaire interprétatif revenant sur l'exploitation et l'oppression soviétiques, son endoctrinement, ses dogmes esthétiques et, bien entendu, la résistance contre eux, qui s'imposent comme la constante de cette exposition circonstanciée... Chez Anu Pöder, un bas-relief de corps féminin nu idéalisé est représenté de profil, dédoublé, découpé en quatre et en rouge et bleu : ces couleurs rappelleraient, nous dit-on, celles du drapeau soviétique mais également celle du drapeau estonien, interdit à l'époque (mais on pense surtout à une oeuvre de Pop Art) ; une autre oeuvre se réfèrerait « aux patrons de couture très répandus durant toute l'ère soviétique, les vêtements déjà confectionnés et attractifs étant compliqués à se procurer » (sic). Certes, une autre interprétation psychanalytique est proposée : elle a au moins l'avantage de converger avec le titre (Avant la performance). Le monde pictural d'Olga Terri est, quant à lui, d'inspiration expressionniste. Beaucoup de mélancolie suinte de ces tons rompus portant des figures poignantes. Mais est-ce que ces oeuvres « témoignent des affres personnelles et collectives subies dans un pays dévasté » (sic) ? L'artiste multidisciplinaire Kris Lemsalu, elle, crée des installations et sculptures néo-surréalistes combinant textile, céramique artisanale et objets du quotidien. Y a-t-il vraiment une critique sociale derrière ses compositions fantasques, extravagantes ? Peut-être... Dans l'une d'entre elles (Cars2Go), quelques figures en brique portant des ombrelles forment une procession à l'arrière-plan. « Elles sont inspirées par « la révolution des parapluies », suite des manifestations pro-démocratique advenues Hong Kong » (sic). Même si c'est les artistes eux-mêmes qui ont proposé ces interprétations sociopolitiques (ce qui serait étonnant, tant la fidélité à la polysémie de l'oeuvre, supposée ouverte, prédomine chez eux), est-ce la preuve qu'elles sont pertinentes et/ou suffisantes ? Les interprétations, inévitables, restent influencées par le contexte historique et social, voilà ce qui se passe souvent. Et la limite de l'interprétation, on la connait : c'est une traduction, avec ses trahisons et ses pertes, dans une autre langue. Elle s'accapare les oeuvres et pour de multiples raisons...
L'exposition Réalités estoniennes sert à l'évidence la cause, l'identité estoniennes pour lesquelles, bien entendu et face au laminoir de l'impérialisme russe, on ne peut qu'éprouver une sympathie extrême. Mais sa présentation orientée, ses commentaires interprétatifs doivent-ils pour autant contribuer à réduire les propositions de nos trois plasticiennes à être essentiellement les reflets des justes résistances du peuple estonien ?
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