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20-11-2025
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

SabineWeiss, Virginie Martin, « Photo Poche », Actes Sud, 144 p., 14, 50 euro.

Sabine Weiss (1924-2021) est parvenue à se faire un nom dans le milieu de plus en plus envahissant de la photographie moderne. Grâce à Robert Doisneau qui avait remarqué ses dons et son originalité, elle est entrée dans l'agence Rapho en 1952. Elle a commencé à s'adonner à la photographie depuis ses dix-huit ans quasiment depuis ses débuts choisi une voie qui se trouve à mi-chemin entre l'art et le reportage. Avant toute chose, elle veut donner le sentiment de la spontanéité, du sujet saisi sur le vif et qui met en avant la vie quotidienne. Elle privilégie les scènes de rue et aussi les groupes de personnes. Mais elle n'hésite pas à faire, quand elle en éprouve le besoin, de faire des scènes posées (comme les deux femmes assises sur un banc dans un jardin) ou encore saisir la ruade d'un cheval dans la campagne. Elle a aussi fait des prises de vue nocturnes, dégageant une atmosphère très différente de ses oeuvres diurnes. Ce qui la distingue en général, c'est le mouvement, la jubilation, l'effervescence qui est issue de la vie sans le moindre apprêt. Elle n'est jamais en quête d'un « sujet », mais plutôt de circonstances qui lui offrent une sorte de tableau. Elle veut nous faire sentir que nous ne prenons pas le temps de voir ce qui nous entoure et qui déploie un théâtre éphémère débordant de sens. Sabine Weiss a poussé beaucoup plus loin l'esprit de ses grands prédécesseurs en se débarrassant de la poésie urbaine et l'anecdotique. Le spectacle auquel elle s'est attachée est l'apothéose de la surprise visuelle qui peut se révéler à tout moment. Bien sûr, il semble qu'elle a franchi une frontière entre ce qui peut être mémorable et ce qui est la révélation des figurants qui constituent la population du tournant du siècle. Elle a aboli cette mince limite entre ce qui est du ressort de la création pure et de ce qui est le happening spontané qui ne cesse jamais de se dérouler dans nos cités qui n'ont pas grand-chose de pittoresque, mais qui finissent par devenir une autre manière d'appréhender le contemporain.




La Ballade d'un petit joueur, Lawrence Osborne, L'Herne, 320 p., 22 euro.

Le titre de ce roman intriguant ne peut que nous faire penser à une évocation du célèbre et sublime livre de Fédor Dostoïevski. Bien sûr, l'auteur a ici introduit une note de dérision et une pointe d'ironie, rendant le sujet - le jeu compulsionnel - moins tragique que l'histoire du héros du grand écrivain russe (en grande partie lui-même, car il avait perdu tout son argent en Suisse sur les tables de jeu). On peut fort bien établir une relation, mais plutôt lointaine, même si Lawrence Osborne a cherché lui aussi à pénétrer au sein des mécanismes mentaux qui poussent un individu à se consacrer exclusivement au baccara. Mais il est loin d'avoir produit un avatar moderne de ce chef-d'oeuvre de la littérature mondiale. Son personnage, qui se fait passer pour un noble britannique - il se fait appeler Lord Doyle - qui ne vit plus que dans des hôtels de luxe et ne voyage plus que pour passer d'un casino à un autre. C'est ainsi qu'il va et vient entre Macao et Hong Kong. Ce qui est passionnant dans ces pages qu'on le voit être pris au piège de son vice, sans vouloir jamais s'en échapper, mais en éprouvant toutes sortes de difficultés matérielles et psychologiques.
Par exemple, il n'a que des rapports qui ont à faire avec son activité exclusive qui l'empêche de percevoir le monde autrement que dans ce seul contexte. Il s'est abstrait de tout et n'est relié à la réalité que par ses repas et quelques occupations vernaculaires. Il fait des rencontres singulières, en particulier des femmes extravagantes entre deux âges. Les dialogues qui en naissent sont savoureux, mais demeurent des événements sans lendemain. Comme si la table de jeu instituait des règles précises et stricte entre les obsédés des jetons. Au fond, il s'est enfermé dans une sorte de tour d'ivoire, qui n'a rien de fabuleux, loin s'en faut. Il fait cependant une rencontre qui va se révéler fondamentale pour son histoire intime : la belle Doo-Ming lui offre l'opportunité d'être sans cesse plus chanceux. Et il a dès lors la faculté de remplir des valises de billets. Mais si cela le rassure après pas mal de parties malencontreuses, il n'est pas en mesure de changer son existence et d'être plus heureux. Il poursuit donc cette poursuite folle de gains qui ne lui procurent aucun plaisir. Il faut dire que ce lord qui est tout sauf un saint parvient à nous toucher et nous se suivons dans cette inflexible routine qui l'oblige à ne plus voir que les cartes se combiner entre elles. A la fin, il va se promener dans un par cet puis s'allonge sur un banc. Là, il s'endort, mais il sent une main qui lui touche le front. A-t-il changé d'univers et l'appelle-t-on de l'autre côté du miroir. C'est un livre palpitant et profond, intense et parfois drolatique, Malgré qu'on ne puisse pas connaître ses pensées les plus secrètes, on arrive à comprendre la logique infernale qui le guide. C'est un roman qui mérite d'être salué.




Le Plancher de Jeannot. L'invention d'une écriture, sous la direction d'Anne-Marie Dubois, Editions in fine - Mahhas, 88 p., 22 euro.

Le Musée dArt et d'Histoire de l'hôpital Sainte-Anne à Paris, de temps à autre, présente des expositions très intéressantes, le plus souvent liées, cela va de soi, à l'art pratiqué par les internés. Cette fois, elle part d'un grand ouvrage qui vient d'être restauré et qui est l'oeuvre d'un certain Jean Crampilh-Broucarest (1939-1972) qui est constitué de l'intégralité du plancher de la chambre de l'auteur. Ce plancher est couvert de 68 lignes d'écriture gravées en lettres capitales. On se situe entre l'aphorisme, l'expression poétique et de diverses formes littéraires. Ce plancher en chêne a déjà été présenté à plusieurs reprises, mais cette fois le visiteur a la faculté de le découvrir dans un très bon état. Il faut reconnaître que si le texte est constitué de fragments de de diverses sortes, il n'en est pas moins impressionnant et suggestif. Afin de le mettre en valeur, on a souhaité l'entourer de nombreuses oeuvres d'artistes célèbres - de Daniel Dezeuze à Bernard Aubertin, de Sol Le Witt à Arnulf Rainer à Kurt Schwitters à Thomas Schütte, et aussi de créations d'écrivains tels qu'Antonin Artaud ou Roland Barthes.
Je ne m'aventurerai pas à discuter les choix qui ont été faits car ce serait se lancer sans une vaine querelle. Et puis, il y a une majorité de pièces intéressantes. Je crois que ce regroupement ne donne pas plus de valeur et de sens au Plancher de Jeannot. Ce dernier peut exister en soi et pour soi avec sa graphie particulière et sa signification cryptique. Mais admettons qu'on a le bonheur de découvrir des pièces de ces artistes appartenant à la sphère de l'art moderne alors que nous avons à faire à un bel exemple d'Art Brut d'une grande et intrigante originalité.
Cette exposition et son catalogue forment un tout qui ne peut que ravir les amateurs et, aussi, permettent de confronter à deux dimensions de l'art qui sont opposées et qu'on rapproche plus volontiers de nos jours. De plus, on se rend compte que l'art de notre temps, déjà depuis un bon moment, n'a plus peur d'utiliser les termes employés par ces hommes et ces femmes qui, dans leur cellule d'hôpital psychiatrique, inventent un univers qu'ils sont les seuls à pouvoir pénétrer et représenter. En ce qui me concerne, je ferai un rapprochement osé entre ce plancher couvert de phrases et la petite chambre où a vécu Vincent Van Gogh et dont il a conservé le souvenir dans un superbe tableau. Ce dernier est une manière de traduire par la peinture ses mémoires en ce lieu qui a marqué un tournant de son existence.
Gérard-Georges Lemaire
20-11-2025
 

Verso n°136

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