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[visuel-news]
20-11-2025
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La chronique de Pierre Corcos |
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| Où va le photojournalisme ? |
Par-delà son parcours personnel qui l'a éloigné dans les années 90 des classiques photoreportages de guerre, de sa participation à l'agence Magnum, de la publication de ses clichés dans la presse, parcours qui l'a peu à peu conduit vers l'esthétisation picturale, la composition sur ordinateur, enfin vers une entrée conséquente en galeries d'art, il semble que la démarche de Luc Delahaye interpelle globalement le photojournalisme. Comme si les récurrences de cette pratique, ses lieux communs devenaient toujours plus encombrants, pesants... C'est ainsi que l'on peut recevoir l'exposition (jusqu'au 4 janvier 2026 au Jeu de Paume) Luc Delahaye - Le bruit du monde. Bien sûr, d'autre photographes déjà (Depardon, Salgado, pour ne citer qu'eux) avaient de différentes manières remis en question le photoreportage, dont l'âge d'or - Robert Capa en fut le héraut - semble à jamais éteint. Le déclin des grands magazines illustrés, les ouvertures mais aussi les falsifications possibles du numérique puis de l'IA générative ont déclenché une crise profonde, et pas seulement de confiance, dans les rapports entre la photographie et le réel. On dirait que le photojournaliste, mis au pied du mur, se voit désormais tenu de penser un minimum le réel, à tout le moins de préciser son rapport à lui. Et Luc Delahaye ne se dérobe pas à l'exercice : « Arriver par une forme d'absence, par une forme d'inconscience peut-être, à une unité avec le réel. Une unité silencieuse. La pratique de la photographie est une chose assez belle : elle permet cette réunification de soi avec le monde ». Cette attitude, cette profession de foi passent, en tous cas et d'abord, par une série d'images qui mettent à mal la forme de multiples photoreportages.
Quand, par exemple, reproduisant en noir et blanc des détails - agrandis et dans un format unique, sans commentaire ni légende - de photos prises ailleurs et par d'autres, il en aligne dans cette exposition une quantité impressionnante (et bien entendu ennuyeuse à la longue), c'est comme s'il pointait l'accablante répétition à la fois de la noirceur du monde et du photoreportage basique, les deux saisis dans une sorte d'involontaire complicité... Quand il privilégie le format panoramique en couleurs, pour tendre vers l'effet des grands tableaux de la peinture classique (cf. Taliban mort), on perçoit une sorte de critique, par un retrait contemplatif, de la distance convenue propre au photoreportage habituel. Et quand enfin il réalise par ordinateur d'amples compositions, assemblant pendant des mois plusieurs clichés pris à cette intention, c'est bien une remise en question de la vérité supposée du « pris sur le vif », ce grand dogme des photoreportages.
Donc une contestation indirecte, par la création. Mais alors où va le photojournalisme ?
Le festival international du photojournalisme à Perpignan, Visa pour l'Image, dont c'était la 37ème édition et qui s'est achevé à la mi-septembre, a apporté par sa programmation (on a eu le temps d'y réfléchir) quelques éléments de réponse. Son directeur, Jean-François Leroy, a souhaité cette fois marquer quelques distances par rapport à l'inclination du photojournalisme à couvrir exclusivement la guerre, l'horreur et les catastrophes, pouvant à la longue stimuler un voyeurisme douteux. Ou, ce qui n'est guère mieux, ce plaisir sournois, en le comparant aux infinis tourments et détresses des autres, de se consoler de son propre malheur, si banal et médiocre... Ainsi un certain nombre de photoreportages furent consacrés à des réussites et défis relevés, à des formes de résilience : la transformation du bassin de la mer d'Aral et le sauvetage des populations qui y vivent encore (Anush Babajanyan), l'émergence d'une nouvelle capitale indonésienne (Cynthia Boll), les mesures draconiennes contre la prolifération des drogues de synthèse en Irak (Alfredo Bosco) ou contre les gangs au Salvador (Juan Carlos), l'histoire bouleversante du jeune Saleh qui a surmonté ses mutilations (Deanne Fitzmaurice), l'admirable courage des Ukrainiens survivant au milieu des ruines (Gaëlle Girbes), les solutions de masse pour nourrir la planète (George Steinmetz), etc. Mais le photoreportage peut être aussi « une narration de la vie réelle » (Eugene Richards) dans sa dimension ambivalente et symbolique : ici l'Amérique d'aujourd'hui. Documentée aussi, plus près de son actualité, par Julia Demaree Nikhinson lors de l'élection présidentielle de 2024, révélant une nation américaine profondément divisée, ou même ayant basculé dans une démence collective (American Madness d'Adam Gray). Si le photojournalisme tient à demeurer ce « métier en première ligne face à toutes les mauvaises nouvelles de la planète » (Jean-François Leroy), alors mieux vaudrait qu'il diffuse moins d'images tragiques trop vues dans les actualités et plus d'autres aussi effroyables et insuffisamment traitées (RDC : Vivre sous le M23 de Paloma Laudet) ou même occultées (la grande misère sociale révélée par Jean-Louis Courtinat). Pour que le photojournalisme perdure, le plus important et précieux n'est-il pas qu'il déclenche, par la photo percutante et le commentaire rigoureux, une salutaire prise de conscience ? Par exemple sur l'enfer du réchauffement climatique (Californie : une décennie au coeur du brasier, de Josh Edelson) ou des Incontrôlables mégapoles (Pascal Maitre).
Si, au niveau des thèmes, l'avenir du photojournalisme tient toujours à son grand angle, ses capacités d'alerte, son éveil des consciences, au niveau des modalités narratives, les trouvailles (cf. #Paradise) pour éviter ce qu'on appellera l'« épuisement iconique » s'avèrent plus que les bienvenues ! Le documentaire a largement accompli, déjà, cette évolution formelle...
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| Verso n°136
L'artiste du mois : Marko Velk
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POUR UNE AUTRE PHOTOGRAPHIE…
Esther Ségal
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