 Bellezza e brutezza, ideale, reale, caricaturale nel rinascimento, sous la direction de Chiara Rabbi Bernard, Galerie d'Italia, Milan, Allemendi, 336 p.
La semaine dernière, je vous ai déjà entretenu de ce beau catalogue. Mais, faute de temps, je me suis limité à l'essentiel. Et puis, je n'ai pas abordé le second volet de cette exposition passionnante-, la laideur. La question est abordée de plusieurs façons, de son registre conceptuel à la traduction la plus réaliste (par exemple, dans de nombreux portraits au réalisme cru de négociants). Ce contraste exaspéré entre les deux extrêmes d'une idée qui s'est forgée pendant cette période qui voulait renouer avec l'antiquité et avec sa pensée. Ce qui frappe le plus ici, c'est le nombre impressionnant de tableaux figurant la laideur, et pas dans une optique religieuse ou métaphysique, mais observée dans les populations de l'époque. On peut s'interroger sur la finalité de ces portraits qui, par définition, ne sont guère décoratifs. Par ailleurs, l'exposition englobe aussi les caricatures, qui sont une manière d'enlaidir des figures politiques ou historique. L'ouvrage qui en est issu est une véritable encyclopédie qui nous éclaire sur les goûts de la Renaissance, mais aussi sur ce qu''ils ont engendré par la suite.
 Pourquoi la guerre ?, Einstein / Freud, traduit de l'allemand par Basile Briod, « Cahiers », L'Herne, 64 p., 7, 50 euro.
Le titre de cet ouvrage intitulé Pourquoi la guerre ? serait un excellent sujet d'examen de philosophie. Mais quoi qu'il en soit, les lettres échangées signées par Albert Einstein et Sigmund Freud peuvent intriguer car ces deux grands personnages, en dehors du fait qu'ils s'occupent de questions très différentes, ne se sont pas rencontrés et n'ont jamais correspondu ensemble. La préface nous fournit l'explication. La jeune Société des Nations avait créé à Paris l'Institut international de coopération intellectuelle ; l'idée était de s'interroger sur les fondements de la civilisation. En 1932, il a voulu lancer une grande enquête sur la question de la guerre. Pour ce faire, on a demandé à de grandes personnalités des sciences, dans tous les domaines, de dialoguer ensemble. C'est ainsi qu'Einstein et que Freud se sont retrouvés face à face. Le théoricien de la relativité a été le premier à prendre la plume. Einstein qui, après la guerre, va s'interroger sur les conflits et sur le danger de l'arme nucléaire, semble attendre du fondateur de la psychanalyse une réponse dont il ne se croit pas en mesure d'apporter. Freud prend le problème très au sérieux et fait une longue étude, qu'il a abordé comme un complément de son oeuvre. De l'agressivité à la violence préméditée, il examine avec grand soin les rouages de ce mécanisme qui concerne aussi bien la vie psychique que les sociétés. C'est là un texte passionnant, qui tente de percer à jour ce qui, chez l'humain, conduit à l'émergence d'une déraison, même si les fondements de cet excès qui peut reposer sur des bases dérivées de la justice ou la bonne conscience.
 Autoportraits du rêveur et autres histoires et récits, Walter Benjamin, traduit et préfacé par Marc de Launay, L'Herne, 160 p.
Walter Benjamin est un auteur déroutant. Bien que n'ayant jamais écrit un livre mémorable (pas même son remarquable essai sur Charles Baudelaire), il n'en est pas moins l'un des écrivains allemands le plus connu et le plus apprécié du siècle dernier. Son système de classement de ses écrits, dans des boîtes ou des enveloppes, ses cartons et ses fiches manifestaient un curieux mode de concevoir l'écriture. Cela étant dit, bon nombre d'auteurs ont des systèmes bien à eux de coucher par écrit leur prose ou leur poésie. Mais ce qui peut nous intriguer le plus c'est que la majorité des textes ont d'abord paru sous forme d'articles publiés dans des journaux de langue allemande à la fin des années vingt et au début des années trente. Mais en plus de leur brièveté, c'est la très grande diversité des sujets abordés. Il y a des souvenirs, des sujets curieux comme la cachette (celle du lapin de Pâques !) ou le roman policier. Leur écriture est admirable. C'est tout sauf journalistique. Il est impossible de comprendre la logique qui a présidé à leur conception. Nous pouvons seulement noter que beaucoup de ces petites pièces sont liées à des lieux - donc à un art très particulier du voyage. En dehors de leur valeur littéraire, ces écrits sont de petites merveilles sous-tendues par une analyse d'une finesse rare. Ce recueil malgré son caractère débridé, est indéniablement une source infinie de jouissance pour le lecteur.
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