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[Visuel-News]
02-04-2026
La chronique de Pierre Corcos Dramatique La chronique de Gérard-Georges Lemaire Chronique d'un bibliomane mélancolique
La chronique de Gérard-Georges Lemaire |
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| Chronique d'un bibliomane mélancolique |
 Le Alchimiste, Kiefer, sous la direction de Gabrriella Belli, Marsilio Arte
Anselm Kiefer-qui est depuis des décennies l'un des plus grands artistes de ce tournant de siècle - est né le 8 mars 1945 (une date qui restera un repère dans sa création future) à Donaueschingen en Allemagne. Après le lycée, il s'est inscrit à la faculté de droit. Mais il a vite changé d'orientation et est entré à l'École des Beaux-arts de Fribourg. Il y étudie la peinture sous la direction de Peter Dreher. Puis il déménage à Karlsruhe, où il entre dans l'atelier de Horst Antes, qui devient son premier maître. Il fait alors la connaissance de Joseph Beuys en 1972.Dès 1969, il compose des "actions" qui ont affaire avec l'histoire du livre brûlé, qui correspond lui aussi à un épisode tragique de son pays qui s'est déroulé en mai 1933 et plus généralement pendant la période du nazisme. Sa première exposition a lieu à la Galerie am Kaiserplatz. Trois plus tard, il se marie et décide de s'installer à Ombach. Il réalise de grandes oeuvres qui regroupe sous le titre de " Deutschlands Geisteshelden " (Allemagne héroïque), qui évoquent la période de la dernière guerre (ensemble qui est accompagné d'installations imposantes et tragiques. Au début des années quatre-vingt, il change de sujet et s'intéresse aux monuments, en particulier les bibliothèques. Il présente une exposition personnelle à la Biennale de Venise en 1980 qui a pour titre : " Verbrennen-Verholzen-Versenken-Versanden ". Il est ensuite invité à la Documenta de Kassel et s'engage dans une nouvelle réflexion qui est celle de la mélancolie, la Saturn-Zeist. Après la mélancolie, il se tourne vers l'astrologie et l'alchimie. Ce qui n'est pas très surprenant car, au cours de la période précédente, il a fait un usage important du plomb. De plus, il invente sa propre cosmogonie. Ses Sept palais célestes sont présentés à Milan.
Dans la seconde décennie de ces années quatre-vingt, il s'est penché sur la culture hébraïque. Cela peut se comprendre dans la perspective des sciences occultes qui l'ont profondément occupé. La figure d'Isis apparaît à plusieurs reprises (par exemple, dans « La Nuit où Isis pleure » La kabbale est sans nul doute un nouveau centre d'intérêt pour lui. Mais ce n'est pas tout : Il relie cette forme de connaissance ésotérique à la « solution finale ». Lors de sa superbe exposition dans la chapelle désaffectée de l'hôpital de la Salpêtrière à Paris en 2000, il a associé le thème mystique du livre brûlé apparu en Pologne au XVIIIe siècle. Marc-Alain Ouakin en a expliqué les principes dans un essai fondamental. Tout commence pour lui avec « Zwei-stromland - The High Priestess » en1987, puis se prolonge deux ans plus tard avec Burn Book . Sa bibliothèque égale à nulle autre, qu'il n'a pas cessé de compléter avec tous ses livres ravagés par le feu qui alimentent sa grande collection, est l'enchevêtrement de diverses cultures antiques, par exemple celle de Sumer qui nous a donné les premières écritures. Mais le voyage qu'il accomplit en Israël entre 1983 et 1984 le ramène à des thématiques judaïques. Cela le conduit à représenter Aaron en 1984, puis aux grandes figures bibliques.
Les femmes alchimistes dont il a fait les très grands portraits imaginaires spécialement pour cette exposition au Palais royal de Milan ont bien existé. Elles ont été oubliées - ou, plus exactemement, gommées de notre histoire culturelle. Il leur a donné vie, comme il a redonné une autre dimension aux prophètes de la Torah. C'est à couper le souffle. C'est non seulement un grand peintre, mais c'est aussi un enseur qui est une rareté en l'époque que nous vivons. On ne saurait trop louer cette forme de peinture, qui mêle pigments et plomb et bien d'autres choses. Sa méditation mélancolique est un cheminement entre diverses civilisations depuis lors disparues, mais aussi un moyen de trouver dans son Allemagne tant honnie les traces de la mystique de la kabbale. D'où le lien avec ces dames alchimistes à la lumière de la Torah, deux réalités mentales très diverses et qui, chez lui, se conjuguent.
 Voyage à Alamut, Brion Gysin, traduit de l'anglais par Olivier Bores & Dario Rudy, préface de Bernard Heidsieck, postface de Nathalie Heidsieck de Saint-Phalle, Éditions Allia, 128p.
De Brion Gysin (né d'un père suisse et d'une mère canadienne en 1918, décédé en 1986, a été citoyen américain et canadien) a fait des études supérieures et a présenté une thèse sur la traite des Noirs. Il ne va pas prendre la voir de la faculté. Il rejoint le groupe surréaliste en 1935 et exposer avec ses membres. Mais André Breton l'en exclu ayant appris qu'il était homosexuel. Pendant la guerre, il travaille pour l'armée américaine comme traducteur. Il écrit des nouvelles qui sont publiées dans une revue, Twown and Country. En 1950, il traverse le Sahara. Puis il s'installe à Tanger où il ouvre un local baptisé « Les Mille et une nuits ». Le soir, il fait jouer un groupe marocain, les Joujouka. Il va vivre à Paris en 1958 et habite ce qui est devenu le Beat Hôtel (alors, cet établissement n'avait pas de nom). C'est là qu'il commence à fréquenter William S. Burroughs, qu'il avait déjà croisé à Tanger. Il lui enseigne les techniques littéraires qu'il avait inventées (le cut-up, le fold-in, les permutations). Ils collaborent de conserve et produisent des textes qui sont par la suite réunis dans un livre commun, The Third Mind (oeuvre croisée, qui ne voit le jour qu'en 1976 en français, et deux ans plus tard en anglais. Burroughs va employer ces techniques pour sa première trilogie (Nova Express, The Ticket that Explded et The Soft Machine). Quant à Gysin, il emploie les permutations dans ses peintures, mais n'a recours à aucune d'entre elles quand il publie Désert dévorat ou écrit The Bear Museum. Par ailleurs, il met au point la Dreamachine, qui est vouer à provoquer des visions chez ceux qui la regarde fonctionner Il s'est intéressé à la secte criminelle crée par Hassan I Hassad, qui au Moyen Âge s'était retranché dans une forteresse inexpugnable à Alamût en Perse. Ces hommes surnommés Haschischins (qui a donné le terme « Assassin ») se consacraient au vol et à la terreur sous sa haute autorité. Bientôt d'autres fortifications sont apparues et toute la région où ils exerçaient leurs méfaits était sous leur domination exclusive. Il faudra attendre que le petit-fils de Gengis Khan décide de les exterminer. Brion Gysin était passionné par cette histoire, qu'il raconte à Burroughs et qui en fait était dans plusieurs de ses ouvrages. Mais, quand Gysin part en Iran en 1973, il est accompagné parun ami, Lawrence Lacina, mais Burroughs ne part pas avec eux. Le récit de ce périple dans un territoire aride et dangereux et une merveille car leur périple est ponctué de réminiscences et de rêves inquiétant où apparaît le Vieux de la Montagne. Finalement, les deux amis arrivent à Alamût, qui, selon Lacina, était un endroit bien décevant. Toutefois, le mythe était puissant et plus que suggestif et même si les Haschischins ont complètement disparu, des sociétés secrètes les ont imités par la suite. Un enttretien avec Lawrence Lacina apporte de riches précisions sur ce périple peu banal. Le livre est présenté par le grand poète Bernard Heidsieck, maître talentueux de la poésie sonore, et sa fille, elle aussi auteur, et créatrice de cette édition, a rédigé la postface et maître d'oeuvre de cette précieuse édition. Elle tombe au moment où le musée d'Art Moderne de la ville de Paris consacre enfin une exposition à Brion Gysin, disparu en 1986, qui avait fait don de nombreuses oeuvres à cette in stitution.
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Gérard-Georges Lemaire 02-04-2026 |
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