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[Visuel-News]
26-02-2026
La chronique de Pierre Corcos Courages La chronique de Gérard-Georges Lemaire Chronique d'un bibliomane mélancolique
La chronique de Pierre Corcos |
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| Courages |
Ce n'est pas tellement le soleil écrasant de l'île du Diable, où il fut condamné à la déportation à vie, ni le silence haineux et sépulcral de ses geôliers qui pesèrent sur Alfred Dreyfus (1859-1935), mais bien plutôt l'abominable injustice dont il fut l'objet, suite à un jugement brutal, sommaire et raciste du conseil de guerre, sur la base réduite d'une vague ressemblance d'écritures... Il fallut le courage du héros à cet officier irréprochable, d'une famille juive alsacienne, pour tenir face à la peine, au déshonneur et à l'humiliation ; mais il lui fallut également le soutien fort et constant de son épouse, Lucie, dont les lettres constituent l'une des trames du bouleversant spectacle Si tu veux que je vive (jusqu'au 26 mars au Théâtre Essaïon). Cette adaptation théâtrale de Marie-Neige Coche et Joël Abadie, mise en scène avec peu de moyens et beaucoup d'ingéniosité par Éric Cénat, ne se contente pas de retracer l'Affaire Dreyfus ; elle met en relief un lien entre la confiance, l'amour reçus et le courage de continuer à vivre : « Alors ma chérie si tu veux que je vive, à toi de faire l'impossible ! Fais-moi rendre mon honneur », écrit Alfred à Lucie. Mais il y a aussi Séverine (Caroline Rémy - 1855-1929), cette journaliste engagée, libertaire, formée à l'école de Jules Vallès, qui est choquée par la condamnation hâtive au mépris des règles élémentaires de la République... Interprétés par Joël Abadie, Lucile Chevalier et Claire Vidoni, ces trois personnages vont porter le spectacle sans jamais imposer et interposer un jeu qui fasse écran aux réalités historiques. On savait déjà (pensons à la correspondance de Franz Kafka et Milena Jesenska) que des lettres peuvent insuffler le courage et stimuler l'inspiration. Avec ce spectacle, on vérifie que des paroles aimantes, écrites et adressées peuvent aider à survivre.
Qui a parcouru l'essai de la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury La Fin du courage, essai interrogeant l'état actuel menacé de cette vertu, à partir de la confrontation éthique/politique (canonique en philosophie), essai grave et parfois ardu convoquant Machiavel, Foucault, Jankélévitch, Honneth ou Lash, se frotte les yeux en voyant le spectacle qui en a été tiré par la mise en scène de Jacques Vincey (jusqu'au 8 mars au Théâtre de l'Atelier) et se demande à quel prix exorbitant on peut faire théâtre de tout... Pour théâtraliser artificiellement un texte qui a été excessivement simplifié, indûment psychologisé, des dialogues factices entre la philosophe et une journaliste de télévision (avec en prime les brefs commentaires sardoniques d'un technicien de la régie en voix off) furent inventés. Une confrontation prévisible entre les deux personnages (l'intellectuelle introvertie et la sportive extravertie) a été imaginée, alourdie d'effets comiques boulevardiers. Enfin, pour attirer le public, on a confié les deux rôles à des comédiennes en général connues et changeant tous les dix jours... Mais l'indéniable succès public du spectacle n'est pas seulement dû aux vedettes qui l'ont amorcé : Emmanuelle Béart, Isabelle Carré, Laure Calamy, Isabelle Adjani. Malgré toutes ces trahisons, il y passe sans aucun doute un message de circonstance, attendu par beaucoup de spectateurs. Découragement face à une situation économique et politique sans véritable espoir pour le plus grand nombre, à d'écrasants défis environnementaux et climatiques, à un durcissement généralisé des conditions de travail, etc. : à l'évidence ce thème, cette nécessité du courage, à retrouver en soi et avec les autres comme une disposition morale et une énergie, résonne en profondeur pour beaucoup. « Le succès n'est pas final. L'échec n'est pas fatal. C'est le courage de continuer qui compte », disait Churchill.
Il faut du courage pour traiter d'un sujet rare, tabou, étouffé, sulfureux : l'inceste maternel. Dans La Nuisette de Frédérique Gutman, Hervé Lavayssière et Jean-Marie Villiers (jusqu'au 8 mai au Théâtre Essaïon), une histoire vraie inspire cette pièce en un acte dans laquelle trois frères (et les comédiens sont bien dans leur rôle) se déchirent à l'occasion de l'entrée en EHPAD de leur mère... L'exhibition d'une nuisette maternelle sera le déclencheur de ce drame familial. Car que s'est-il passé quinze ans plus tôt ? Pourquoi maman faisait-elle entrer Antoine, son petit chouchou de sept ans, dans son lit ? Et combien de temps s'écoula avant qu'il puisse en sortir ? Jusqu'où ce ressentiment hargneux des deux frères envers le benjamin ?... Sophie Daull qui a assuré la mise en scène a su inventer « un espace qui rende compte des mots crus, des situations boueuses, des échanges saignants ». Ce n'était pas facile, et les moments scabreux peuvent s'égarer dans le trivial. Un tel éclairage public d'une violence privée constitue, tant l'amour mère/enfant reste valorisé dans notre culture, une prise de risque. Pourtant le théâtre a déjà effleuré ce thème. Mais si, dans la tragédie grecque, Jocaste a épousé son propre fils, OEdipe, c'était sans le savoir ; et si dans Racine, Phèdre éprouve désir et amour pour Hippolyte, il n'est après tout que son beau-fils... L'inceste maternel reste impensable tant sublime, innocent (et probablement idéalisé) demeure ce problématique « instinct maternel ». Le flou entre maternage excessif et intrusion sexuelle a incité les auteurs à parler d'« incestuel ». Mais quelles que soient les précautions et les distanciations théâtrales, le sujet reste de la dynamite. Audacieux est qui s'en approche.
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