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[Visuel-News]
19-02-2026
La chronique de Pierre Corcos Les rêves de l'étoffe La chronique de Gérard-Georges Lemaire Chronique d'un bibliomane mélancolique
La chronique de Gérard-Georges Lemaire |
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| Chronique d'un bibliomane mélancolique |
 Sur le grand chemin. Gisèle Celan-Lestrange, Bertrand Badiou, Métamorphoses, 208 p.
Cela est devenu une compulsion maniaque : derrière un grand créateur s'est le plus souvent dissimulé une grande créatrice qui a été complètement occultée. Le cas de l'épouse de Fernand Léger est l'un des plus connus. Mais cela est devenu une véritable obsession avec ses exagérations inévitables. Dans le cas présent, ce n'est pas précisément ce qui s'est produit. Née en 1927 à Paris, elle a étudié à l'Académie Julian de 1945 à 1949, puis elle s'est initiée plus spécifiquement aux arts de la gravure. Elle épouse le poète originaire de Roumanie mais germanophone Paul Celan en 1952. Elle collabore avec lui à deux reprises : pour Atemkristall (Cristal de souffle) en 1965, un cycle de vingt et un poèmes accompagnés de huit gravures, et pour Schwarzmaut (Péage noir), 1969, cycle de quatorze poèmes avec quinze gravures-en 1978.
Leur union s'est traduite dans cette belle collaboration. Cela ne lui a pas apporté la gloire car, si Celan jouissait d'une grande admiration de la part de bon nombre de lettrés français, il ne jouissait pas d'une notoriété au-delà de ce petit cercle de passionnés de sa poésie. Elle a peu exposé à Paris, mais elle a réalisé un livre en 1974 intitulé Journal : les minuscules épisodes. Elle quitte ce bas monde en 1991, laissant derrière elle une oeuvre qui n'est pas pléthorique, mais qui tout de même importante. Dans ce catalogue, l'auteur, Badiou, a imaginé un dialogue avec l'artiste disparue. Le procédé peut laisser dubitatif, mais il l'a fait avec respect et sans leurrer le lecteur sur ce procédé artificiel. Quoi qu'il en soit, ces échanges imaginaires nous donnent une idée très précise de la pensée plastique de cette femme qui n'a pas eu beaucoup recours à l'écriture.
Ses compositions étaient son langage exclusif et elle traduisait sa conception de la vie, des êtres et de notre planète par un déploiement de formes abstraites qui pouvaient être tout sauf géométrique. Elles avaient une dimension souvent mouvementée, mais elles ne répondaient jamais à un canevas stable, inamovible, donc à une construction répétitive. C'était comme une tempête silencieuse, mais néanmoins violente. Si elle s'éloignait des formes élémentaires, elle tendait à les restituer par des lignes enchevêtrées. Pour parvenir à ses fins, elle a utilisé l'encre, le pastel, le crayon, l'aquarelle quand elle n'avait pas recours à l'eau-forte. Autre constante dans son travail : elle n'a pas beaucoup misé sur la couleur, se limitant le plus souvent à une tonalité beige presque uniforme. Cela dit, elle ne s'est pas refusée de faire appel à des gris, à des bleus profonds, soutenus, parfois à des blancs aussi, si bien que sa démarche provoquait la surprise et l'émerveillement. Elle a aussi dessiné des nuages ayant l'aspect de vagues serrées qui recouvraient un espace qui avait l'air immense.
Ainsi a-t-elle déjoué notre attente, compte tenu de ce que nous connaissons d'elle ; quand cela lui chantait, elle a retrouvé le figural à travers la traduction des éléments marins et célestes.
 Sylvie Germain, Milène Morris & Évelyne Thoizet, L'Herne, 208 p., 39 euro.
La plupart du temps, les Cahiers de L'Herne sont consacrés à des écrivains ou à des philosophes célèbres. Cette fois, il est question d'une romancière qui n'est pas une inconnue (elle a un lectorat conséquent, et a reçu de nombreux prix, dont le Femina), mais qui n'a pas connu un grand succès médiatique. Il n'en est pas moins vrai qu'elle est un auteur qui mérite tant de louanges, pour la qualité de son écriture, qui ne se rattache à aucune des modes qui ont infligé la littérature française de ses dernières décennies. Elle n'a pas misé sur la mode, sur des formes insolentes ou des sujets plus ou moins scandaleux.
Née en 1954 à Châteauroux, elle a étudié l'histoire de l'art et la philosophie, suivant les cours d'Emmanuel Levinas, dont elle a subi l'influence. Sa carrière littéraire a commencé par un refus de son manuscrit (des nouvelles) chez Gallimard et Roger Grenier lui a conseillé de proposer un roman. Elle publie en 1985 Le Livre des nuits, qui lui vaut de recevoir plusieurs prix. Son talent et son originalité sont immédiatement reconnus. Nuits-d'ambre est publié deux ans plus tard. Elle enseigne au lycée français de Prague de 1986 à 1993. Ce séjour lui inspire une fiction, Jours de colère, qui sort de presse en 1989 et qui lui fait recevoir le prix Femina, puis et Les Pleurantes des rues de Prague qui a paru en 1992. L'année suivante, elle fait paraître Immensités et une étude sur Vermeer.
Et elle poursuit son oeuvre en épurant sans cesse plus son style. son application à respecter les règles de la grammaire et de la langue française classiques ne l'empêche pas de se forger une écriture qui la distingue aussitôt de toutes les autres. Et il convient de souligner que les études qui figurent dans ce volume sont des lectures éclairantes de sa recherche littéraire, savantes mais parfaitement accessibles, ce qui est rare dans ce genre de projet. Enfin il y a un nombre non indifférent de petits récits ou de fragments, qui permettent au lecteur de mieux connaître cet écrivain qui mérite de figurer parmi les plus grands de notre époque. Ce cahier est une réussite. Je n'ai qu'un regret : que les responsables de cette édition n'aient pas plus mis l'accent de la relation de Sylvie Germain avec l'art. Mais on ne peut pas tout avoir d'autant plus qu'il est impossible ici de faire quelque grief que ce soit.
 Correspondance, Jacques-Émile Blanche - Jean Cocteau, La Table Ronde, 224 p., 22 euro.
Le nom de Jacques-Émile Blanche ne dira pas grand-chose à la plupart d'entre vous. Né en 1861 à Paris, où il vit à Passy où son père exerce la psychiatrie, il meurt dans sa propriété d'Offranville en 1942.Très tôt, il montre des dispositions pour la peinture et pour le piano (il va d'ailleurs longtemps hésiter entre la musique et l'art). Il a étudié sous la direction d'Henri Gervex, devenant chef d'atelier de l'Atelier de la Palette en 1900 et, trois ans plus tard, il enseigne à l'atelier de La Grande Chaumière. Il n'a pas mis longtemps à s'imposer dans les milieux cultivés de la capitale, fréquentant les salons les plus en vogue.
Il a exécuté de très nombreux portraits (Marcel Proust, Colette, Pierre Louÿs, Paul Claudel, André Gide, mais aussi René Crevel, parmi tant d'autres). Il a eu aussi une oeuvre critique non négligeable, avec les Cahiers d'un artiste et avec les Propos de peintre à partir de 1919. Il a aussi écrit sur Walter Sickert et sur Édouard Manet.
Il a publié en 1928 son premier livre de souvenirs, Mes modèles. Il a même écrit des ouvrages de fiction. Sans doute, ses considérations sur l'art de son époque ne sont pas toujours judicieuses, il a tout de même eu la curiosité de regarder les travaux des dadaïstes et des surréalistes. La relation avec Jean Cocteau, un autre mondain, mais bien plus jeune que lui ; quand ils se rencontrent peu avant la Grande Guerre, Cocteau a trente années de moins que lui et il le considère comme un maître.
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Gérard-Georges Lemaire 19-02-2026 |
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