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[Visuel-News]
12-02-2026
La chronique de Pierre Corcos Désir, amour et cinéma La chronique de Gérard-Georges Lemaire Chronique d'un bibliomane mélancolique
La chronique de Pierre Corcos |
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| Désir, amour et cinéma |
Dans Dreams, le réalisateur mexicain Michel Franco nous en dit et montre beaucoup sur le désir, sa frénésie et comment il est toujours plus que ce en quoi il se donne... Deleuze affirmait que nous désirons toujours des ensembles. Ainsi le jeune Fernando, farouche migrant mexicain à la peau mate (Isaac Hernandez, par ailleurs danseur) désire le corps blanc et gracile de Jennifer McCarthy (Jessica Chastain, étonnamment convaincante), mais aussi la classe sociale de cette richissime héritière, et encore une intégration définitive aux États-Unis, à San Francisco, comme professeur de danse. Jennifer, à la tête d'une fondation artistique créée par son père, désire, elle, sauvagement le corps souple et musclé de Fernando, mais aussi un intense ailleurs à son milieu compassé, mais encore un sexe toujours disponible et sans conséquence : elle est stérile et nullement disposée à se marier avec lui. Le filmage dans des couleurs froides de leurs ébats véhéments et muets semble faire écho inattendu (pulsions versus répression) à la condition violente des migrants clandestins. Troupeau suant la misère, exploités, entassés dans des camions, des prisons, expulsés sans ménagements, ils interviennent aussi dans le film comme la brutale antithèse du monde élégant, gracieux de la danse, où le jeune Fernando croyait naïvement pouvoir réussir, professeur intégré à la fondation artistique de Jennifer. Mais ni le frère ni le père de celle-ci, imprégnés de leur conscience de classe, n'autorisent la relation des deux amants. Et, bien qu'elle s'en défende mollement au nom de sentiments aussi abstraits que ses idéaux, Jennifer ne traite pas autrement qu'en gigolo entretenu le beau Mexicain. Elle n'hésite pas à le dénoncer à la police des frontières - et cet épisode résonne avec la sinistre actualité des ICE - pour que, de retour aux États-Unis, Fernando se soumette, charmant oiseau dans une cage dorée, à la claustration qu'elle a prévue. Mais alors c'est lui qui va l'enfermer, et impitoyablement, pour renverser la situation. En vain... Le pauvre chicano ne fait pas le poids ! Et la vengeance de Jennifer sera bien plus terrible que le bref emprisonnement qu'elle a subi. Il n'y avait pas d'issue à cette relation de désir, marquée par l'instrumentalisation pour l'une et l'effet d'aubaine pour l'autre. Sur la base d'un scénario très charpenté, jouant par les images sur les états des corps (corps sublimés par la danse ou électrisés par le désir), Michel Franco se permet également une discrète parabole, chargée de pessimisme et de ressentiment, sur l'impossible intégration des Mexicains aux États-Unis. Mais, si le film laisse une impression de malaise à la fin, signe probable de son efficacité, c'est qu'il contrevient sans doute à l'idéalisation anarchiste du Désir, si commune et ingénue.
Les louanges unanimes adressées au film de Jonas Trueba, La Reconquista (sorti en 2016 et enfin visible sur nos écrans), ne témoignent pas seulement de la qualité poétique du film mais aussi de ce qu'échappant aux sirupeuses et niaises romances hollywoodiennes, les belles histoires d'amour démentent pour notre grand bonheur le cynisme, le désenchantement et le narcissisme ambiants... Le doux Olmo (Francesco Carril) et la pétulante Manuela (Itsaso Arana) se sont aimés adolescents. Il lui a envoyé alors une lettre dans laquelle il lui a promis qu'ils se retrouveraient quinze ans plus tard. Car tout amour authentique ne peut que se projeter vers un bel avenir. Le film commence d'ailleurs par ces mots : « Je confie mon coeur au futur et j'attends ». Et les voici qui se retrouvent quinze ans plus tard ; elle lui demande de lire la lettre avec un ton qui corresponde un tant soit peu au sentiment d'alors. Lui est maintenant traducteur et s'est marié avec une psychiatre. Elle vit à Buenos Aires, comédienne et encore seule. Veut-elle, peut-elle une reconquête ? C'est le titre du film. Ou simplement qu'ils s'éclatent, rien que cette nuit, pour accomplir a minima cette promesse riche des idéaux amoureux de leur printemps ? Le cinéma de Trueba n'est pas seulement, comme on l'a répété à l'envi, dans la lignée de Rohmer, c'est-à-dire loquace et littéraire. Mobile, coloré, extraverti et festif, il alterne sans cesse des stations variées, bruyantes et musicales dans la ville qui ne dort jamais, Madrid, et d'intimes séquences dialoguées. Et il joue autant sur les profonds silences, les chansons d'amour (images rougeoyantes dans un bar avec Rafael Berrio, vrai chanteur de rock basque et interprétant le père de Manuela), les bruits continuels de la ville que sur les dialogues vivaces et incisifs. Le temps du futur antérieur qu'exprime la lettre (quand nous nous serons retrouvés) se traduit par le temps suspendu de la Fête, cette nuit, créant l'uchronie consolatrice, voire une forme d'éternité. Mais ils vont se quitter, elle repartir et lui retrouver sa charmante épouse. Or voici le deuxième acte du film, surprenant flash-back : leur histoire d'amour quinze ans plus tôt (les tout jeunes comédiens qui les incarnent, tout à fait crédibles, pourraient jouer dans L'Éveil du printemps de Frank Wedekind). Le temps est inversé, remontant aux origines de ce bel amour. Il était une promesse de bonheur lancée vers le futur... Alors le charme lumineux du film ne tient-il pas dans les mots du philosophe Adorno corrigeant Stendhal et selon lesquels le beau est une promesse de bonheur qui se brise ?
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