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  [Visuel-News]
05-02-2026

La chronique de Pierre Corcos
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La chronique de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Pierre Soulages. Dans l'intimité de l'oeuvre et entretiens, Nathalie Reymond, Éditions Méridianes, collection Textes, 192 p., 30 euro.

On a voulu faire de Pierre Soulages (1919=2020) l'artiste majeur de l'art abstrait français qui s'est développé au sortir de la dernière guerre. En fait, c'est le développement de ses grands monochromes baptisés Outrenoirs dans la dernière phase de son oeuvre où ne demeurent que la couleur noire et que ces reflets lumineux qui constituent un contraste entre les deux pôles d'une charte graphique n'appartenant qu'à lui et qu'il n'a pas tenté de développer plus loin. Ce livre constitue une excellente introduction à son oeuvre et surtout à la démarche qui l'a guidé pendant plus d'une décennie. Soulages, lors de sa dernière grande rétrospective au Centre Georges Pompidou de Paris a déclaré dans un film où il évoquait son histoire personnelle, il a affirmé que Franz Kline l'avait copié lorsqu'il avait fait sa première exposition personnelle à New York en 1954. Or ce dernier avait déjà exposé en 1950 ses premiers travaux abstraits. Ils ne sont pas sans similitude avec ce que faisait Soulages pendant cette période, mais avait bien avant lui usé sur le contraste exclusif du noir et du blanc (Soulages avait encore recors à une gamme chromatique étendue). Si, rétrospectivement il a voulu s'affirmer le premier artiste européen à avoir fait un usage prédominant et métaphysique du noir, il a péché par vanité. Bien d'autres grands artistes avaient déjà choisi cette prédominance absolue du noir comme Alberto Burri par exemple. Le plus surprenant dans cette affaire est qu'on a pris à la lettre ses déclarations.
J'ai voulu faire cette petite parenthèse car j'ai étudié la question du noir dans la peinture de ces dernières décennies. Quoi qu'il en soit, il fait partie de cette brillante cohorte d'artistes qui, alors que les Américains ont créé l'expressionnisme abstrait, leurs homologues français n'ont pas cessé d'élargir le champ de la recherche picturale en multipliant à l'infini les techniques et les rendus. Les réflexions de l'auteur sont précieuses bien qu'on ait déjà tant écrit sur Soulages. De plus, les entretiens qu'elle a pu faire avec lui pendant un long laps de temps sont tout à fait pertinents. En somme, qui a l'intention de mieux connaître la vérité et l'intensité de sa quête plastique. En définitive, le lecteur curieux pourrait très bien se satisfaire de ce bel ouvrage si dense et si intelligent pour se faire une opinion sur une entreprise artistique qui ne manque pas de grandeur.




Raymond Depardon, Michel Guerrin, « Photo Poche », Actes Sud, 14, 50 euro.

Né en 1942 dans une ferme située dans la région de Villefranche-sur-Rhône, il est devenu assistant dans une boutique de photographie sitôt obtenu son certificat d'études en 1956. Un an plus tard, il suit des cours par correspondance pour approfondir ses connaissances dans le maniement d'un appareil photographique et décroche un diplôme d'opérateur.
Il entre en 1959 dans l'agence Dalmas comme reporter polyvalent. En 1961, il suit les événements en Algérie. Un an après, il doit faire son service militaire, il est amené à collaborer pour les publications de l'armée française, ce qui enrichit son expérience. Avec de jeunes collègues, il fonde l'agence Gamma en 1966. Quatre ans plus tard, il se rend au Tchad, mais il tombe dans une embuscade et est prisonnier des rebelles. Cette mésaventure se termine bien. L'agence connaît une scission en 1973 et il prend la direction de la maison=mère. Il tourne en 1974 son premier film documentaire (la campagne électorale de Valery Giscard d'Estaing).

Il réalise son second long métrage en 1978 baptisé Numéro Zéro à propos de la création du quotidien Le Matin. Par la suite, il fait des reportages au Liban et en Afghanistan. Avec l'aide de Franco Basaglia, il passe trois ans en Italie à filmer les hôpitaux psychiatriques de ce pays (c'est l'époque de l'anti-psychiatrie). Il réalise aussi un film à Venise, San Clemente. Il crée en 1980 la société de production Double D avec Pascale Douman. Il tourne à Paris Faits divers en 1983. Puis c'est le tour de Reporters, qui obtient un certain succès, puis il achève l'année suivante New York, NY. Sa filmographie ne cesse de croître sans pour autant négliger la photographie ni même l'écriture (il a publié un livre en 1979). Sa notoriété s'établit. Ce qui frappe dans sa démarche esthétique c'est qu'au contraire de bon nombre de ses grands prédécesseurs, il ne recherche pas un style, mais, au contraire, ne cesse de multiplier ses angles de vue et sa manière d'appréhender le sujet. Son anarchie stylistique est sa véritable signature.
Ce que révèle cette petite « anthologie » de ses travaux, c'est le côté ébouriffé de sa façon d'envisager le visible, ne cessant jamais d'éviter toute formule identifiable. Chaque chose qui l'intéresse le conduit à un traitement différent de sa « proie » spéculaire. On ne peut qu'être frappé par l'inventivité de Depardon, qui sait, de mille façons, tirer profit de ce qui peut se présenter sous ses yeux. Il ne se donne d'ailleurs aucune limité dans sa recherche des événements du monde sensible : le hasard est souvent présent et tout dépend de sa vivacité d'exécution. En tout cas, il tient à échapper à tout prix à une définition précise de son art, qui peut aller du pur reportage à la composition la plus élaborée. Avec lui, une page de l'histoire de la photographie moderne a été tournée avec une sorte de jubilation dans son rapport à tout ce qui l'entoure.




Le Monde perdu, Jean d'Aillon, Robert Laffont, 480 p., 22, 90 euro.

Si vous aimez les récits complexes, labyrinthiques, avec des croisements baroques entre différents genres (le policier, l'espionnage, le fantastique, etc.) ce roman devrait vous plaire. Bien sûr, toutes ces diverses strates narratives finissent toujours par engendrer une certaine cohérence, même si nous éprouvons parfois quelque difficulté à suivre le cours des événements et à déchiffrer les règles de la trame. Il est question ici de querelle de voisinage, d'énigmatiques espions chinois, de personnages chargés d'ambiguïtés, mais surtout d'animaux aussi étranges que dangereux. Cette fiction ne ressemble pas aux romans feuilletons du XIXe siècle (ce que d'ailleurs je regrette un peu), mais fait partie de cette nouvelle catégorie de narration qui s'éloigne de toutes les traditions littéraires pour être plus proche du langage cinématographique. Seule la longueur extrême de l'histoire peut relier Le Monde perdu à cette grande affaire de l'époque des Eugène Sue et des Dumais et aussi des Victor Hugo. Mais les ponts ont bel et bien été rompus. Je dois reconnaître au moins que l'auteur a fait preuve d'une imagination remarquable, mais je dois ajouter qu'il n'a pas su donner à son intrigue si intriquée une cohérence et une intensité qui en rendent la lecture plaisante et fascinante. Il n'est pas aisé de suivre les agissements des personnages principaux, qui sont impliqués dans diverses intrigues.
Nous avons du mal à comprendre la démarche de Stéphanie Dorgeval, de son neveu, Maxence Cavendish, agent du FBI en Californie, venue en France la soutenir, et les menées maléfiques de Jacques d'Asgardi (son richissime voisin qui veut s'accaparer de ses terres), l'incarnation du mal absolu dans cette aventure saturée de mystère et de bizarreries. Et puis je dois dire que l'écriture n'est pas tout à fait louable dans ce cas, sans compter que beaucoup de liaisons entre les phases de la narration sont inutiles et parfois gênantes. Bref, vous aurez compris que je n'ai pas apprécié ce gros ouvrage bavard dont la teneur devrait séduire une autre race de lecteurs que moi.
Gérard-Georges Lemaire
05-02-2026
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