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[Visuel-News]
05-02-2026
La chronique de Pierre Corcos Vivre en photographie La chronique de Gérard-Georges Lemaire Chronique d'un bibliomane mélancolique
La chronique de Pierre Corcos |
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| Vivre en photographie |
« Les photos sont là, il ne te reste plus qu'à les prendre », disait Robert Capa lors d'une interview, et c'était il y a presque un siècle ! Cette remarque simple, profonde et paradoxale résiste au temps. Elle implique de se rendre disponible par la tête et le corps, être capable d'une attention flottante, si rare. Et apercevoir une photo là où tant d'autres ne voient que du réel banal ou pire ne voient rien ; donc posséder ce qu'on appelle l'« oeil photographique ». Mais alors et si c'est le cas, on aura l'immense privilège de... « vivre en photographie ». Et se promener dans le monde en amoureux potentiel du tout-venant, s'offrir la liberté mirifique d'« un regard vagabond » (titre de l'exposition sur Denise Bellon, au MAHJ jusqu'au 8 mars) ; affronter même la grande vieillesse avec un oeil que les fictions et les routines n'ont toujours pas opacifié, trouver enfin dans cette vie matière à une sagesse enchantée comme Joël Meyerowitz (exposition Immersion à la Polka Galerie jusqu'au 21 février). La photographie comme art de vivre en constant éveil...
À 88 ans, le photographe américain Joel Meyerowitz s'enthousiasme encore tel un enfant. On s'en rend vite compte en regardant ces vidéos où, dans la rue et chez lui, il raconte sa longue vie de photographe entre souvenirs, anecdotes et réflexions exclamatives. « Avoir un appareil de photo avec soi, c'est comme avoir constamment une invitation pour que des surprises s'y produisent », dit-il. Cette parole spontanée, presque naïve (beaucoup ont un appareil de photo avec eux et ne reçoivent ni invitation ni surprises) témoigne du rapport immédiat de Meyerowitz à la photographie ; car c'est à 24 ans que, du jour au lendemain, sans rien connaître à la photo ni même avoir un appareil, il se lance dans cette pratique seulement après avoir assisté à une séance de pose avec le grand Robert Frank. Lequel bougeait et photographiait sans cesse dans un même mouvement, Joel en fut ébahi. Rentré dans l'agence de publicité où il travaillait comme directeur artistique, il ne songea plus alors qu'à devenir photographe. Comme il était mobile il fit de la « street photography », devint l'ami de Garry Winogrand ; et comme ses émotions passaient par les couleurs, sans même s'embarrasser de ce qu'alors la photographie de référence restait en noir et blanc, sans même l'avoir voulu au nom d'une esthétique théorisée, il devint peu à peu un pionnier dans ce domaine chromatique, avec William Egglestone ou Stephen Shore... Ce que tout de suite nous fait sentir l'exposition Meyerowitz à la galerie Polka, c'est une joie sensuelle et gourmande à la rencontre des couleurs. Les complémentaires et les éclatants contrastes abondent. Une jeune fille toute de vert vêtue à l'angle d'une boutique rouge... Un néon d'un jaune criard sur fond de ciel violacé en technicolor... Mais aussi et surtout, au vu de ces micro-événements et scènes de rue, on imagine le promeneur photographe continuellement à l'affût, son second oeil Leica à la main. Une scène ici, une lumière là ou bien juste un rapport de couleurs... Meyerowitz n'hésita pas à devenir le photographe de l'après-catastrophe du 11 Septembre, alimenter les archives de Ground Zero, comme si les forces de vie et les couleurs en lui, débordantes, pouvaient sans mal transmuer cendres et décombres en vibrant tableau. Cette fringale de vie et d'images lui fait reconnaitre : « La photographie est comme une nourriture, j'en ai besoin tous les jours ».
Un regard vagabond : excellent titre que celui-là pour Denise Bellon (1902-1999). Les commissaires d'exposition, Éric Leroy et Nicolas Feuillie, se sont-ils avisés que le vagabondage consistait en directions multiples dans l'espace, tandis qu'une seule nous est permise dans le temps ? Denise Bellon raconte : « Pourquoi ai-je choisi la photo ? C'est que son côté magique m'a fascinée. Que l'on puisse, en appuyant sur un bouton, immobiliser le temps, cet éternel ennemi de l'homme, sa perpétuelle angoisse, avoir le temps à notre merci... C'était un petit bout d'éternité ». De larges morceaux d'espace et des petits bouts d'éternité, voilà toute la vie en photographie de Denise Hulmann, dont l'oeuvre court des années 30 aux années 70. Séparée de son mari Jacques Bellon, vite sortie de la publicité comme Meyerowitz, Denise cofonde en 1934 une agence coopérative, Alliance photo, illustrant la vie moderne et la vogue du plein air. Son Rolleiflex à la main, elle se promène dans le Paris vibrionnant de l'entre-deux-guerres, fixe les architectures et leur géométrie, s'attarde avec les enfants et les gitans de la Zone, puis se rend dans les Balkans, au Maroc, en Finlande en Afrique-Occidentale française, en Tunisie, précise comme une ethnographe et enchantée comme une voyageuse. Ni l'école de la « Nouvelle Vision » ni celle du surréalisme plus tard ni une autre école ne la retiennent vraiment. Et elle ne s'inscrit pas plus dans la logique ascendante d'une carrière que dans la minutieuse élaboration d'une esthétique. Voyages, rencontres et aventures en tous genres : elle a vécu pleinement, le regard vagabond et l'objectif toujours prêt. Elle fut bien ce photographe « voleur d'instants » comme l'écrit Claude Roy. De plus, juive laïque et progressiste, Denise Bellon témoigne par certains thèmes d'un engagement et d'un attachement aux valeurs de l'humanisme. Mais cette vie en photographie de Denise Bellon, les mots de sa fille Yannick, future cinéaste, le disent si bien : « jeune et séduisante routarde, armée d'un Rolleiflex, éprise de liberté et d'indépendance ».
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